L'Edito du Dimanche

 

Publié le Dimanche 20 janvier 2013 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du Dimanche

Retour vers le futur

imageJe suis comme un gosse. J’ai rajeuni de 25 ans.
Si, si. Je vous jure. J’ai fait une cure de jouvence grâce à une petite chose toute bête. Un petit accessoire tout simple…

Oui, je sais, je vais encore vous la jouer vieux con à vous rabâcher que « c‘était le bon temps », que « c’était mieux avant »…
D’accord, j’en conviens, c’est effectivement quand on se met à penser ça qu’on est passé de l’autre côté du miroir et que l’on fait irrémédiablement partie des « vieux ». Des « has-been ».
Mais il n’empêche, hein, on ne peut pas le nier. C’était mieux avant.
Parfaitement. A l’époque, on n’avait pas Internet. Du coup on ne restait pas le cul vissé sur sa chaise à croire que l’on discute pour de vrai avec de vrais amis alors qu’il faut bien se rendre compte que ce ne sont plus que de simples connaissances. On déambulait dans les rues entre potes. C’était « à la vie à la mort ». On allait draguer des filles. De vraies filles. Pas de simples photos publiées sur Meetic ou sur jsuisgeekpuceauetmochemaismoiaussijaidroitalamouraidezmoisilvousplait.fr.
Quand on disait une connerie, le reste des potes se moquait de nous et c’était oublié la seconde d’après. Ça ne restait pas éternellement sur le net comme une preuve de notre stupidité passagère. On se nivelait par le haut, entre amis. Alors qu’aujourd’hui, il faut bien avouer à parcourir les forums et autres commentaires de certains sites, que le nivellement Internet est indéniablement un nivellement par le bas. Le bas-fond, même, la plupart du temps.
On ne faisait pas la course au dernier iPad, iPhone, Samsung Galaxy et je ne sais quel objet hi-tech. On écoutait des cassettes. Sur un Walkman. Avec un casque qui avait des moumoutes orange sur les oreilles. Des fois, même, la bande de la cassette foutait le camp. Et on devait la rembobiner avec un crayon.
On enregistrait la radio. Sur ces cassettes. Pour pouvoir se repasser nos chansons préférées, généralement tronquées parce qu’un crétin parlait sur l’introduction et coupait les 20 dernières secondes pour passer au titre suivant. Mais c’était notre crétin qui s’adressait à nous, qui était de notre génération. On allait acheter ses cassettes au Printemps. Chez Nuggets.
Et on achetait des vinyles. Des disques. Que l’on passait sur sa platine. Son tourne-disque. Et devinez-quoi ? J’ai récupéré une nouvelle platine vinyle.
J’ai rajeuni de 25 ans.

imageDu coup, avant de la relier (connexion USB disponible) à mon PC pour me lancer dans de grands travaux de numérisation, je l’ai installée dans le salon et branchée sur ma chaîne hi-fi. Et j’ai ressorti toute ma collection de disques du grenier.
Bon. Je vous demande votre plus sincère indulgence. J’avais 12-15 ans, j’écoutais de la merde, j’en conviens. Mais c’était ma merde et je la redécouvre avec un plaisir non feint. Et puis, c’était une époque. Les années 80 et leur son bien synthétique. On ne peut juger une époque sans l’avoir vécue. Bref, ne soyez pas trop durs avec moi, merci…
Dans ma collection, j’ai retrouvé du
Den Harrow et son « Future Brain » (1985). Samantha Fox et « Touch Me » (1986), A-ha « I’ve been losing you » (1986), Communards « Never Can Say Goodbye » (1987), Alphaville « Big in Japan » (1984), Wham « Last Christmas » (1984), Indochine « 3e sexe » (1985), Goldman « Quand la musique est bonne » (1982), Confetti’s « The Sound of C » (1988)…
Et ne riez pas pour ce dernier. Je l’ai acheté avec une copine parce que nous sommes sortis ensemble sur cette chanson… Oui, je sais, c’est bizarre, mais c’était lors d’une fête foraine. Elle s’appelait « La Foire à la Saucisse ». La fête, hein, pas ma copine. Elle, j’ai complètement oublié son nom.

imageSinon, dans le lot, j’ai retrouvé aussi quelques perles…
New Order « Blue Monday » (1983), « True Faith Remix » (1987), « Confusion » (1985), Depeche Mode « Strangelove » (1987), Prince « Purple Rain » (1984), Billy Idol « White Wedding » (1982), Dire Straits « Alchemy » (1984), Phil Collins « No Jacket Required » (1985), Gainsbourg « Love on the beat » (1984), Frankie Goes to Hollywood « Relax » (1983), Pet Shop Boys « West end Girls » (1984), Band Aid « Do They Know it’s Christmas ? » (1984), Orchestral Manœuvre in the Dark « Souvenir » (1981)…

Et j’ai dégotté également quelques ovnis dont personne (ou pas grand-monde) n’a entendu parler ou, du moins, ne se souvient… Comme Honk Kong Syndikat « Girls I Love » (1985), Living in a Box « Living in a Box » (1987), Camouflage « The Great Commandment » (1987), Cyclope « Wen Story » (1989), Gogol 1er « J’encule » (1983), Résidence Nocturne « Plus jamais pareil » (1987), Pit et Rik « La cicrane et la fourmi » (1981), Tic « Pop Corn Remix 88 » (1988)…

Bon, je vous rassure (ou pas, en fait, il n’y a rien à rassurer, j’assume pleinement), dans le lot, il y en a quelques-uns à mon frangin que je lui ai piqué au passage.
Et puis à l’époque, que vous le vouliez ou non, la musique était surtout rythmée par le rendez-vous hebdomadaire du Top 50.

Et puis, comble du bonheur, j’ai même retrouvé le 45 tours de Gérard Blanc « Une autre histoire ». Une chanson dont je partage l’affection complète avec ma bonne amie Stéphanie. Je crois vous avoir déjà parlé d’elle. Genre dans les deux précédents éditos au moins. A chaque fois que nous nous voyons, avec Stéphanie, nous ne pouvons nous empêcher de la passer. Et tandis que je me laisse porter et transporter par la musique, elle déhanche sa sculpturale silhouette au rythme des synthés, remuant son corps lascivement au rythme des paroles, les yeux fermés, caressant ses formes de ses mains au rythme des envolées de la chanson… Un spectacle de toute beauté à vous en transformer le bas-ventre en Piton de la fournaise.
Oui, je sais, mais je vous ai déjà dit que mes soirées sont plus belles que les vôtres…


Bref. Le craquement des disques. La beauté hypnotique des vinyles qui tournent lentement sur la platine.
C’est peut-être aussi ça, être vieux : se rendre compte qu’avec le mp3, on a perdu la sensualité de l’objet. Se rendre compte que dans les brocantes, on devrait peut-être jeter un œil plus appuyé aux caisses de 33 et 45 tours négligemment posées sur la chaussée.
Se dire que finalement, avec les avancées technologiques, la musique a un peu perdu de son âme. L’objet a un peu perdu de son âme. Nous avons un peu perdu de notre âme.

« Oui mais au moins, avec le mp3, ça ne prend pas de place. Là, tu vas me encore me coller toutes tes merdes dans la maison alors qu’il n’y a déjà plus de place et que tu ne sais plus où ranger tes jeux, tes Blu-ray, tes figurines, tes bédés… » me lance alors ma femme.

Elle n’a pas tort.

Mais la nostalgie, c’est bien au-dessus de ces simples considérations d’espace, non ?

 

 
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Commentaires

Ecrit par AKULA le 20/01/2013 à 12:11

 

1

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Inscrit le 04/05/2009

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j'ai aussi remarqué un net retour au vinyle chez mes collègues

546 Commentaires de news

Ecrit par Kenpachi le 20/01/2013 à 12:48

 

2

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Inscrit le 27/04/2009

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Je te rassure, tu n'es pas un vieux con: maintenant, le vinyle, c'est hype. smiley 47

Même les DJs se sont mis à mixer au numérique (une clé USB ou des CD, c'est plus facile à transporter que des flight cases, et un MP3, ça coûte moins cher voir rien du tout), et là où on avait un show technique, vu que la machine fait la moitié (l'intégralité ?) du travail, on a une génération de gus qui passent la soirée les bras en l'air. Et le pire, c'est que c'est ce que les gens veulent...

993 Commentaires de news

Ecrit par dieudivin le 20/01/2013 à 14:16

 

3

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Inscrit le 18/03/2011

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J'aime bien la dernière partie de ton edito et de ta réflexion sur la perte du support qui aspirerait à la perte "affective" de la musique et de sa valeur intrinsèque.
Quelque part, j'ai l'impression d'essayer de compenser la perte du support en remplaçant peu à peu la musique par son clip, et lui rapporter un support visuel, même s'il est numérique.
Finalement, c'est peut-être ce virage que l'industrie du disque à raté: laisser une âme à la musique malgré le changement des supports.

Ce n'est probablement pas très clair, et j'en suis désolé, mais j'ai du mal à trouver les mots juste pour creuser davantage la réflexion.

4040 Commentaires de news

Ecrit par Yutani le 20/01/2013 à 17:41

 

4

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Inscrit le 27/04/2009

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ouais t'es qu'un putain de vieux con, réserve moi une place dans ta maison de retraite ! smiley 20

(j'ai ressorti mon lecteur DCC avec un album de Bryan Adams, non je n'ai pas honte, je fais de l'archéologie)

4489 Commentaires de news

Ecrit par Yutani le 20/01/2013 à 19:20

 

5

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4489 Commentaires de news

Ecrit par Salvador le 20/01/2013 à 19:51

 

6

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Ecrit par dieudivin


Finalement, c'est peut-être ce virage que l'industrie du disque à raté: laisser une âme à la musique malgré le changement des supports.

Je pense que c'est notre capacité à éprouver des nouvelles émotions qui se fait plus rare. Si nous sommes nostalgique d'une époque, c'est que cette époque était propice aux découvertes. L'époque en question n'est pas une date dans un calendrier, mais plutôt un repère dans nos vies. Une majorité des découvertes les plus marquantes que nous allons faire dans nos vies se déroulent les 25 premières années. Nous sommes donc beaucoup plus réceptif émotionnellement à ces découvertes qu'aux variations qui suivent ces découvertes. En vieillissant, tout devient répétition de ce que nous avons déjà vécu ou ressenti, et ce n'est pas tant l'industrie qui ne laisse plus une âme à la musique, puisque de nombreux adolescents sont encore capables d'éprouver des émotions et vibrer sur des musiques récentes, mais plutôt nous qui avons laissé, à un moment ou à un autre, notre âme d'enfant.

Ce n'était pas l'époque qui était belle, mais nos adolescences. Mes parents vibraient sur les années 60-70 et étaient insensibles aux années 80, mes grands-parents sur les années 40-50 et étaient insensibles aux années 60, ainsi de suite.

407 Commentaires de news

Ecrit par Cedric Gasperini le 20/01/2013 à 19:59

 

7

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Inscrit le 27/04/2009

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Ben non. Je ne parle pas d'émotion ou de vibrer sur des musiques. Juste un rapport à l'objet, qui se transforme finalement en culte de la musique toute entière.
Aujourd'hui, on consomme du mp3 sans palper.

Et je ne parle pas de l'époque toute entière. Aujourd'hui, j'arrive encore à vibrer pour certains trucs.
Mais pas pour un téléchargement en mp3.

6666 Commentaires de news

Ecrit par clayman00 le 20/01/2013 à 21:16

 

8

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Inscrit le 03/01/2012

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Et bien, mr cedric, c'est toujours un plaisir de vous lire ...smiley 9


On écoutait des cassettes. Sur un Walkman.

Un baladeur cassette... Walkman est une marque de je ne sais plus quelle société japonaise...
smiley 17

6225 Commentaires de news

Ecrit par Salvador le 20/01/2013 à 22:00

 

9

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Ecrit par Cedric Gasperini

Ben non. Je ne parle pas d'émotion ou de vibrer sur des musiques. Juste un rapport à l'objet, qui se transforme finalement en culte de la musique toute entière.
Aujourd'hui, on consomme du mp3 sans palper.

Et je ne parle pas de l'époque toute entière. Aujourd'hui, j'arrive encore à vibrer pour certains trucs.
Mais pas pour un téléchargement en mp3.

Imagine que tu découvres cet objet maintenant, à ton âge, penses-tu que tu pourrais avoir cette même sensation ? Peut-être que l'objet culte de nos enfants seront un smartphone ou une tablette, qui sait.

Je ne ressens pas spécialement de nostalgie pour cette époque. Je crois que si j'avais eu un autre moyen plus pratique pour ne pas à avoir à changer de disques ou de cassettes pour accéder à un média, j'aurai utilisé ce moyen plutôt que celui plus palpable. Je ne garde pas particulièrement de souvenirs agréables à devoir me lever de mon lit alors que j'étais plongé en plein milieu d'un Tubular Bells juste pour changer la face du 33 tour ou pour retourner la cassette dans le lecteur. Je me serai bien passé du côté palpable de la chose pour me fondre dans la musique et uniquement la musique.

407 Commentaires de news

Ecrit par Laurent B. le 20/01/2013 à 23:43

 

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Inscrit le 21/12/2011

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911 Commentaires de news

Ecrit par vinsnabisso le 06/02/2013 à 23:57

 

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Inscrit le 06/02/2013

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Bonjour

Nostalgie quand tu nous tienssmiley 1 on ne peut pas vivre que dans le passé mais un peu c'est bon quand même, et retrouver c'est vieux disques c'est toujours un bon moment.
Sauf que l'on a tendance à se dire "mais comment j'ai pu écouter ca" surtout que l'on connait toujours les paroles par cœur..preuve de notre plaisir d’antan.

Comme tous les enfants de sont ages ma nièce de ' ans adore jouer avec un iphone. Par contre elle ne comprend pas pourquoi je rie tant en voyant cette https://www.youtube.com/watch?v=1ki9CCjhBPEvidéosmiley 26

Quant aux set de nos DJ préférés , la technologie est tellement avancée que du fait, l'imagination créative prime sur le reste!! C'est vrai qu'en live on ne sait parfois plus d’où sort le son en tant que spectateur..
ces jouets sexy dans la main des DJ semble parfois leur permettre en effet de passer leur temps les "bras en l'air".

Merci Cédric
Vincentsmiley 4

2 Commentaires de news

Ecrit par vinsnabisso le 07/02/2013 à 00:09

 

12

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Inscrit le 06/02/2013

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Quand je parle de jouet sexy, pour une fois je parle bien de tout leur matériel de mixage informatique et numériquesmiley 1 n'est ce pas cédric!! ;)

Cordialement
Vincent

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