La chronique cinéma de Paf ! : The Revenant

 

Publié le Samedi 27 février 2016 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

La chronique cinéma de Paf ! : The Revenant

Rite tripal

Rite tripal

image« Ils sont majoritaires, les peuples dont les peaux sont colorées par différents soleils. Ce nouvel équilibre du continent américain se résume en un seul cri, que poussent quotidiennement les populations comme une expression incontestable de leur décision de lutter pour paralyser la main armée de l’envahisseur. Et ce cri, c’est la patrie, ou la mort »
Ernesto Che Guevara, Nations Unies, 1965

Pour ceux qui auraient passés les dernières semaines seul sur mars, « The revenant » n’a rien à voir avec « Par où t’es rentré ? On t’a pas vu sortir » (1984) de l’incomparable Prosper Bensoussan, patronyme marocain généralement traduit en français par Philippe Clair et en anglais par Jerry Lewis.

Eteignez donc cette chose qui pue l’afghan et revenez lentement sur terre :  il n’ y a aucun rapport entre l’œuvre et l’auteur du « Führer en folie » (1973) et « The revenant » du mexicain Alejandro González Iñárritu.
Ne serait-ce que parce que ce dernier réalise depuis trois lustres chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre tout en conservant son patronyme, rien que pour ennuyer les typographes non-hispaniques, et Paf !
Par conscience professionnelle et pour les indécis, je vous mets là la bande-annonce de ce nouveau trip tribal, mais ne vous sentez surtout pas obligé de la (re)voir si vous avez déjà choisi d’aller admirer le film en salles:

Enfin, je parle de chef d’œuvre et d’admiration obligée, tout est relatif. Amis de Philippe Clair, des blockbusters innervés, de la grosse déconnade ou du drame homéopathique, passez votre chemin, ce film n’est pas pour vous. C’est du brutal, comme disait l’un de mes oncles, et y a pas vraiment d’goût d’pomme pour sucrer un peu la chose. Préparez vos mouchoirs !

Faut dire aussi que depuis « Amores perros » en 2000, il a quand même tendance à allitérationner un petit peu les R, Alerandro : drames tragiques rageurs, ça vous parle ? On dirait du Sean Penn ! Pas étonnant que deux petits génies du drame américain aient travaillé ensemble.

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Comme ceux de Sean, les films d’Alejandro sont rauques, rêches, râpeux, mordants comme des amours chiennes. Ils vous prennent aux tripes comme un biutiful cancer s’emparant d’un père rongé par la douleur de laisser ses enfants à son ex, droguée et prostituée. Ils vous explosent l’estomac comme 21 grammes de coke, un accident de voiture avec délit de fuite ou une balle de 22 Long Riffle vous arrachant la femme de votre vie et la mère de vos enfants, alors même que vous l’aviez emmené en vacances pour apaiser votre quotidien de couple. C’est ultraviolent physiquement parfois, sentimentalement en permanence et y a toujours plein de gens colorés par différents soleils, ployant sous différentes injustices sociales et/ou des dilemmes moraux. Babel au XXIe siècle.

La différence essentielle cependant entre Iñárritu et des cinéastes ‘militants’ à la Costa Gavras, Goupil, Kassovitz, Pollack ou Lumet , c’est que chez lui, jamais la présentation du catastrophique état de fait de notre monde n’apparaît comme un pamphlet anti-raciste ou socio-politique. Vous aimez l’humain ? l’universel ? le football ? l’idée même de liberté dans un état d’urgence ? Ou pas ? Vous aurez bien 2 mn de votre vie pour un chef-d’œuvre du Fils de l’Homme : pourquoi pas cette pub Orange de 2009 ?


Entre l’abstraction pop-art antonionienne sur le vide occidental et le pamphlet poétique d’Abderrahmane Sissako sur l’Afrique terrorisée par l’islamisme radical, Iñárritu nous glisse un sourire d’enfant, une joie collective, une liberté brimée par l’autorité et reconquise sans violence par l’imagination et le pouvoir de la fiction.

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Certains peuvent trouver ses longs-métrages trop longs, mais je ne pense pas qu’il y ait la moindre critique à adresser à ses courts-métrages, magnifiques de concision et d’émotion. Pour moi, il y a une évidence Iñárritu : il est le cinéaste du XXIe siècle et de son monde multipolaire,  inégalitaire et coloré. Il n’est pas mexicain : il est citoyen du monde et sa patrie est une Humanité arc-en-ciel, souffrant et mourant d’aimer et de vivre. Chez AGI, Life and Love are bitches… with aids. Même si ca ne l’empêche pas, dans ses courts-métrages,  de nous révéler sa joie de vivre et ses espoirs.

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Vous aimez toujours le football ? ou pas ? Peu importe. Moi, j’aime pas, mais connaissez-vous un réalisateur capable de raconter autant d’histoires, aussi bien scénarisées, interprétées, filmées et montées que l’auteur de ceci :


Commençant à vous connaître par vos judicieux commentaires à mes chroniques, c’est là où généralement, je commence à perdre quelques uns d’entre vous, préférant s’aller taquiner la Madeleine au Joystick que de continuer à me lire et s’interroger sur leurs goûts pour la merde en boite labellisée Star Wars VII, Rocky IV ou Avengers II.  Quelle incroyable coïncidence : l’ Iñárritu de l’an passé, sous-titré « L’inattendue vertu de l’ignorance », loggorhéait sur vous, sur moi et sur nos superhéros adorés :

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Pour la première fois en 15 ans de carrière, Alejandro nous offrait une pause émotionnelle plutôt joviale et une page colorée plutôt blanche, en matière de peau à tout le moins. Birdman était en effet une embardée jazzy de deux heures en plan-séquence, une envolée lyrique en hommage aux grands acteurs qu’il sublime dans tous ses films (Sean Penn, Brad Pitt, Benicio del Toro, Naomi Watts, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal, Javier Bardem,… et aujourd’hui Tom Hardy et Leonardo di Caprio), une merveilleuse Madeleine irradiant Hulk, Batman et Gwen Stacy d’humanité, sans ironie aucune. Cela courrait, sautait, déblatérait sans cesse et mettait en abîme la condition d’acteur bankable et d’interprète de super-héros ou de sa compagne. Finalement, le chef-d’œuvre brechtien venant d’éblouir nos écrans et d’écorcher nos prudes oreilles pour la Saint Valentin est un peu le rejeton page rouge de Birdman : quelle humanité et quelle splendeur !

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Vous allez me dire : Putain, mais où il va, là, Paf ! ? Guevara, Philippe Clair, le foot, et maintenant Wade Wilson !? Et quand est-ce qu’il commence à nous parler de « The revenant » ? Ou alors il a qu’à nous faire un article sur « Deadpool », ça commence à bien faire cette chronique, merde alors !!!

D’abord, je vous défends de me parler sur ce ton et j’vous répondrai primo que tant « Deadpool » que « The revenant » ont bénéficié d’articles de SYLVAIN et CEDRIC sur ce site et que vous seriez bien aise d’aller les lire avant de me taper dessus ; deuxio, que les autorités médicales de mon établissement ont  négocié durement avec Gam@live pour que j’ai l’opportunité thérapeutique d’écrire des chroniques foutrac sur n’importe nawac, et non pas des articles sensés sur les films qui sortent ; troisio, que j’écris par conséquent c’que j’veux tant qu’j’suis pas viré (ce qui ne saurait tarder) ; quatrio, quarto, quadrisio ?, que si vous m’interrompez tout le temps, c’est sûr que cette chronique n’en finira jamais ; et quinto, et pour répondre à votre question, que je vous dirais ce que je pense de « The revenant » comme d’hab’, soit dans les commentaires de cette chronique d’ici deux/trois semaines.

Pasque que personnellement, je déteste qu’on me parle d’un film que je n’ai pas encore vu et que j’ai envie d’aller voir, alors c’est pas pour vous imposer ma prose sous prétexte que je l’ai vu avant vous. Déjà, j’aime pas les bandes annonces à la « Kung Fu Panda 3 » où l’on a plus envie d’aller voir le film parce qu’on a le sentiment d’avoir déjà précisément tout vu, alors vous dévoiler ne serait-ce qu’un pan du nouveau chef-d’œuvre d’Iñárritu, vous rigolez ou quoi ?

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Maintenant, si vous me dites que vous n’avez pas envie de le voir parce que vous en avez soupé des films de vengeance et que ce vous voulez, c’est du « Crimson Peak » de l’ami Guillermo, soit de la grande mise en scène, de l’amour, des fantômes, de la brutalité et de la splendeur visuelle. Peut-être alors puis-je faire quelque chose pour vous, que la pub incroyable autour de « The Revenant » ou son titre français ont quelque peu baclé.

Vous l’avez vu et lu depuis plusieurs semaines de course aux oscars car c’est l’axe principal de la communication faite autour du film : « The revenant » serait en effet un film de vengeance sur un père laissé pour mort par le meurtrier de son fils. Bon, certes au premier abord, mais faut pas vous attendre à du Charles Bronson non plus, sauf si vous entendez par là que le film sera certainement brutal et qu’il ressemblera à quelque chose situé entre le « Bison blanc » et « Chato’s land », photographié par Sven Nykvist ou Darius Khondji.

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Même si les films de Bronson (et Winner) étaient parmi les plus brutaux (et meilleurs) du cinéma d’action des années 70, ajoutez cependant encore quelques pincées d’adjectif « éprouvant » dans la recette car de toute ma carrière de cinéphile pervers, j’ai rarement rencontré un tel déferlement de brutalité dans un film « mainstream » que dans « The revenant ». Pour avoir une idée de la chose, il vous faudrait (re)voir un Eli Roth ou mettre bout à bout certaines séquences des films du grand âge du renouveau du western des années 70, auxquels « The Revenant » renvoie explicitement ou inconsciemment :

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Eh oui : une flèche, ça perce ; une balle, ça crève ; une hache, ça tranche ; un grizzli, ça pèse 300 kilos et ça griffe ; une indigène, ça se viole et une femme, un enfant, ça meurt. Et dans la vraie vie, telle que filmée par Iñárritu et ressentie comme telle par son spectateur, c’est un peu plus éprouvant que dans un blockbuster aseptisé et déconnecté de l’humain à la Michael Bay.

Avec Iñárritu, l’Amérique en 1823, c’est déjà peut-être un rêve pour ceux qui rêvent de faire fortune, mais c’est d’abord et avant tout un cauchemar. Qui est l’envahisseur et qui crie ici ? De l’humain ou de la nature, de l’indien ou du blanc, du trappeur ou du grizzli, du protoaméricain matérialiste ou de ces patriotes des droits de l’homme échappés d’« Irréversible »?

Quand ils auront fini de tout exterminer et bien exploiter, viendront les « Gangs of New York » et les « Loup de Wall Street » jouant avec l’argent de la drogue, la corruption, les armes,… et Donald Trump. Un nouvel équilibre du continent américain.

Où sont les bons, les méchants ? Et qui ne se définit pas, d’abord et avant tout, par son hostilité à l’autre ?

Ne serait-ce pas justement « The revenant », ou bien plutôt « La revenante ». Je me vois contraint ici de mettre les points sur les I de ce film de fantôme, du fait de l’inintelligence des distributeurs français du film à vouloir absolument traduire ce titre asexué en anglais. Ainsi peut-on l’appliquer au seul survivant di Caprio et à sa longue traque vengeresse et vendre ce beau film onirique comme un film d’action. Basé sur des faits réels bien entendu.

Or, plus qu’un film de vengeance ou d’action, « The revenant » me paraît d’abord et avant tout être un film d’amour et de fantômes : un film sur la perte des êtres aimés - si présente dans la filmo d’AGI - et leur survivance dans l’esprit et les rêves de ceux qui demeurent après eux. Ainsi, « Biutiful » s ‘ouvrait et se fermait par une séquence onirique menaçante puis amicale confrontant l’orphelin Javier Bardem et son père d’une vingtaine d’années plus jeune que lui, puisque mort quelques jours avant sa naissance une trentaine d’années auparavant. Et cette rencontre avait lieu dans une sombre forêt enneigée aux arbres si drus plantés, qu’ils formaient comme une cage autour du couple fils-père.

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Dans « The revenant », cette forêt revient presque à l’identique ; toutefois, l’axe de la caméra n’est plus horizontal mais vertical parce que contrairement au mourant Bardem, debout face à son cancer et à l’injustice, le survivant du Revenant n’est plus guère  humain : il git, rampe, ronge et ne se remettra très péniblement debout que pour tomber à nouveau à terre lors d’une scène de combat encore une fois éprouvante pour le spectateur*. C’est son regard que l’on adopte dans ces longs et fréquents moments où la caméra s’accroche aux cimes des arbres mouvants sous l’effet du vent. Sans doute menacent-ils de tomber comme sa femme l’avait dit jadis au héros, mais le bleu du ciel et la conscience de leurs racines, de ses racines permettront à la bête à terre de se relever homme, et de retrouver espoir et foi dans la vie et dans l’humanité. C’est ce qu’elle a dit en tout cas, la mère de ses enfants ; cette grande absente du film et son héros principal, cette parente invisible, cette squaw, cette revenante.
   
Vous en reprendrez bien un p’tit dernier pour la route avant de vous précipiter voir « The revenant » ? D’une durée de 2 minutes, voici selon moi le chef d’œuvre des chefs d’œuvre d’Iñárritu**. Préparez vos mouchoirs !


Je dédie cette chronique aux mamans squaws de par le monde,
aux pères au foyer, à Nilda et à Deadpool.


* Le colosse Tom Hardy semble se faire une spécialité de ces combats réalistes aux lutteurs fatigués : on avait la même scène en boueux l’an passé dans le très intéressant mais raté « Child 44 » (Daniel Espinosa, 2015).

** Et accessoirement la preuve que par exception, une multinationale américaine de la taille de celles qui sont spécialisées dans les coups d’Etats militaires, l’exploitation du tiers-monde, la matérialisation de nos Amériques, la destruction chimique de la planète,… peut produire quelque chose de bien. Ah, ces directeurs de com’, quels artistes !

 

 
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Commentaires

Ecrit par SMachine le 27/02/2016 à 14:06

 

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Inscrit le 26/08/2015

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T'as quand même réussi à placer une comparaison avec Michael Bay...
Chaud smiley 54

211 Commentaires de news

Ecrit par Tyr le 27/02/2016 à 17:04

 

2

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Inscrit le 19/04/2012

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Vous allez me dire : Putain, mais où il va, là, Paf ! ? Guevara, Philippe Clair, le foot, et maintenant Wade Wilson !? Et quand est-ce qu’il commence à nous parler de « The revenant » ? Ou alors il a qu’à nous faire un article sur « Deadpool », ça commence à bien faire cette chronique, merde alors !!!
Bien vu et surtout, pas faux.

1112 Commentaires de news

Ecrit par TheFantasio974 le 28/02/2016 à 08:16

 

3

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Inscrit le 28/02/2016

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Votre site est top, il vous faut un twitter ^^

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