Interview de Patrick Rothfuss (Le Nom du Vent)

 

Publié le Mardi 19 mai 2009 à 16:03:00 par Cedric Gasperini

 

Interview de Patrick Rothfuss (Le Nom du Vent)

Rencontre avec la nouvelle référence de la Fantasy

J'ai vraiment aimé Le Nom du Vent, de Patrick Rothfuss. C'est toujours un plaisir de découvrir le premier livre d'un auteur si imaginatif et doué. De pouvoir se dire : Ce type-là, ouais, va falloir le suivre de près.
A tel point que, sincèrement, vous devriez l'inscrire dans votre shoplist. Si, si. D'autant plus que vous en aurez pour votre argent :Plus de 700 pages... Inutile de l'attendre en format poche. Même si vous avez de grosses grosses poches.
Bref. Quand Bragelone m'a appelé en me disant que « Tiens, au fait, Patrick Rothfuss est sur Paris aujourd'hui, tu veux l'interviewer ce soir ? », j'ai sauté sur l'occasion.
Bon. Ma femme a bien fait un peu la tronche de savoir qu'elle allait – encore – devoir s'occuper des enfants seule, mais le rendez-vous promettait d'être beau. Et il le fut.
Patrick Ruthfuss est l'un de ces jeunes auteurs (très jeune, il a encore toute la vie devant lui, et ah, tiens, comme c'est amusant, nous sommes nés la même année...) qui non seulement a plein de talent, mais en plus est d'une simplicité et d'une gentillesse rare.
Une interview retranscrite ne peut pas tout à fait retranscrire l'ambiance, les éclats de rire, les sourires complices, bref, tout ce que fut, finalement, ce moment privilégié.
 
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GamAlive : Gros succès pour un premier livre. Est-ce que cela a changé quelque chose dans votre vie ?
Patrick Rothfuss : Tout ! J'ai passé les 14-15 dernières années au Collège, à enseigner, et j'écrivais sur mon temps de libre. Et maintenant, je ne fais plus qu'écrire. Je n'enseigne plus et d'ailleurs, cela me manque. J'ai une maison. J'ai de l'argent. Je ne me nourris plus que de Noodles japonaises ou burritos bon marché à réchauffer au micro-ondes. Je peux commander des plats chinois! Et puis mes journées sont organisées différemment. A la sortie du livre, j'ai commencé à recevoir un ou deux mails de fans par jour. Et je prenais le temps de leur répondre. Et puis ce furent 3-4 mails. Puis 10... et j'ai réalisé que je passais mes journées entières à répondre aux mails. Même avec les traducteurs. Le livre est traduit dans 27 langues... J'ai du ouvrir un forum, comme ça ils peuvent s'entraider et cela me dégage un peu de temps. Tout a changé dans ma vie.
 
imageGamAlive : Vous êtes allé en Italie, vous êtes à Paris et vous allez bientôt en Angleterre... Quel endroit préférez-vous ?
Je suis aussi allé à Amsterdam. Et je ne suis que depuis aujourd'hui à Paris, donc c'est difficile à dire. Mais j'ai beaucoup aimé Amsterdam...
GamAlive : Oui, je vois...
Et non, même pas... Je n'ai même pas été fumer dans les coffee-shop et ne suis même pas allé voir les prostituées...
GamAlive : Alors quel intérêt d'aller à Amsterdam ?
Ben je suis avec ma compagne (ndr : une jeune femme était effectivement à ses côtés), vous comprenez... alors pour les prostituées, c'est difficile... Mais si j'ai beaucoup aimé Amsterdam, c'est surtout pour l'organisation de la ville. Avec ses canaux. C'est très médiéval comme structure. Ça me donne des idées, forcément, en tant qu'auteur...
 
GamAlive : Justement, votre inspiration, elle vient d'où ? De livres ? De films ?
Elle vient surtout de mauvais livres et de mauvais films. Ce que je veux dire par là c'est qu'un bon livre, vous vous dites: oui, je veux faire aussi bien. Aussi intéressant. Aussi réussi. Mais je ne veux pas copier. Alors qu'un mauvais livre ou un mauvais film, on pense à ce que l'on aurait fait à la place, comment les personnages auraient du être traités, ce genre de chose. Ça aide à construire son récit.
 
GamAlive : J'ai toujours associé les livres et les jeux de rôle(RPG) papier. Parce que dans les deux on est le héros d'une histoire fantastique, quand bien même dans les RPG, on prend des décisions alors que dans les livres, on n'est que spectateur.
Je suis tout à fait d'accord avec cette vision. J'adore les RPG.
GamAlive : Et justement, il n'y a pas de bon RPG sans bonne ambiance sonore. Vous-même, quand vous écrivez, vous écoutez de la musique ?
Absolument pas. Du tout. Rien. Il me faut le silence complet. Et c'est alors très difficile pour ceux qui vivent avec moi (il se tourne vers son amie qui acquiesce avec un sourire). Je suis comme avec des œillères. Je me souviens d'une anecdote où lorsque je vivais avec un colocataire, nous avions commandé des pizzas. J'avais laissé l'argent en bas, sur la table, et j'écrivais en haut, à l'étage. Quand les pizzas sont arrivées, mon colocataire est venu m'apporter la mienne. Je l'ai maudis pour le bruit qu'il faisait dans les escaliers et lorsqu'il est venu frapper à la porte, je l'ai envoyé paître méchamment Quand je suis descendu 20 minutes plus tard, je n'ai pas compris pourquoi il faisait la tête. Je n'avais aucun souvenir de ça. J'étais dans un autre monde en écrivant et j'ai complètement occulté les faits.
 
imageGamAlive : J'ai vu sur votre blog que vous aviez fini le second tome.
Oui, mais juste le premier jet. Il y a maintenant la relecture et les corrections.
GamAlive : Mais surtout, j'ai vu qu'il est énorme. Un nombre impressionnant de pages. Plus qu'un annuaire. Est-ce que votre éditeur vous hait pour ça ? Pour écrire de si gros bouquins ?
En plus mon éditrice est toute petite et a des problèmes de dos... J'avoue avoir sur le coup eu un peu mauvaise conscience de lui envoyer quelque chose comme 12 kilos de livre ! Mais mon éditeur US est vraiment sympa. Quand je lui ai dit que le livre était gros, ils m'ont répondu : « ok ». Quand j'ai ajouté qu'il était « très gros », ils m'ont répondu : « ok ». Quand j'ai dit qu'il était « vraiment très très gros », ils m'ont répondu : « ok ». ça ne leur pose aucun problème.
 
GamAlive : Est-ce que toute l'histoire est déjà dans votre tête ou prenez-vous en compte les remarques des fans, quitte à changer des choses importantes ?
Non, j'ai globalement tout dans la tête. Maintenant, quand on écrit, il se peut qu'il y ait des changements, des petites modifications. En fait, les plus gros changements viennent quand à la relecture, je me rends compte que des scènes s'imbriquent mal. Il faut alors écrire des petites scènes intermédiaires qui peuvent finalement prendre toute leur importance. Mais sinon, j'évite d'écouter les fans. Sinon ils ne seraient plus surpris. Le roman perdrait en intérêt.
 
GamAlive : Et pour finir, jouez-vous aux jeux vidéo ?
Oh oui, je suis un gros fan. Je viens de terminer Fallout 3 par exemple. J'ai beaucoup aimé. Dommage que le scénario soit moyen. Le jeu est bon, l'interface est très bonne, le graphisme est superbe et le scénario n'est pas à la hauteur, c'est dommage. J'avais adoré les deux premiers Fallout, d'ailleurs.
GamAlive : Sur PC ou console ?
PC uniquement. J'ai arrêté la console après Super Mario Bros sur Nintendo...Sinon, j'ai aussi adoré Portal. J'ai eu pendant longtemps la chanson dans la tête. Et Oblivion, avant ça, j'y ai passé des heures...
GamAlive : Pas de MMO ?
Non. A une époque, j'ai joué à MUD, un MMO en texte uniquement, aux USA. Mais sinon, comme je suis quelqu'un de passionné, si je m'y plonge, je vais y passer tout mon temps, arrêter de dormir, de manger, et... mourir! Je sais que j'adorerais mais je préfère éviter...
 
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Voilà. Et nous nous serons quittés sur une poignée de main franche et amicale. Un type bien, bourré d'humour, un moment privilégié, ponctué de nombreux éclats de rire. Autrement dit, une interview comme on aimerait en vivre plus souvent. Un auteur comment on aimerait en rencontrer plus souvent. Comme on aimerait en lire aussi plus souvent. Vivement la suite de son roman !

 

 
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