La chronique cinéma de Paf ! : Spectre

 

Publié le Samedi 21 novembre 2015 à 12:00:00 par Paf

 

La chronique cinéma de Paf ! : Spectre

Hamlet nous fait faux Bond

imageEst-ce le fait de survoler les terres mexicaines du grand maître actuel du plan-séquence (Alfonso Cuaron : « Les fils de l’homme », « Gravity », « Birdman »,…) ? Le Bond 2015 du shakespearien Sam Mendès s’ouvre par un magnifique plan de cinéma, le jour du carnaval de la Fête des morts à Mexico-city. Revêtu d’un noir smoking-squelette nous renvoyant aux Feuillade de 1915, notre licencié en tuerie  préféré marche, court, saute et vole en dispensant la mort à tout va. Spectaculairement spectral !
Noirceur, célérité, brutalité, humour pincé, action et vues spectaculaires, le 24e Bond s’offre d’abord au spectateur comme le digne héritier des Bond Craigiens : « Casino royale », « Skyfall » et « Quantum of solace » dans une moindre mesure* .

Hélas… Hélas ! Pauvre Yorick… Je l’ai connu, Horatio ! Le Bond de Craig était un garçon d’un mutisme infini, d’une brutalité exquise… Ses aventures étaient plus destinées à un public adulte en quête de divertissement intelligent qu’à des attardés mentaux auxquels des financiers avisés prémâchent les films de peur qu’ils ne s’abiment le reste d’intelligence non encore cariée par les pop-corns qu’ils leur vendent en sus du produit filmique.

Heureusement pour les atrophiés du bulbe, le célèbre générique se met en branle après cette formidable entrée en matière et leur annonce que ce film est le leur et non le notre : exit l’évocation évanescente du thème et le poétique mystère qui, d’habitude, caractérise les génériques Bondiens. Celui de « Spectre » est des plus explicites et hormis la belle idée des tentacules, prémâche au spectateur à grand renfort photographique, les deux heures et quelques qui vont suivre. Il est d’ailleurs souligné en cela par une chanson-titre aux paroles évocatrices ; tout y est dit, comme écrit sur un mur, et vous pouvez rentrer chez vous, Bad girls : « Quand tu n’es pas là, je suffoque », « je veux ressentir l’amour parcourir mon sang », ... Bond en vampire fiotte à la Twilight !

Est-ce le décès de Maman au terme de « Skyfall » qui a précipité notre sombre James dans l’Hamletisme freudien à la Timothy Dalton et le film entier dans les cascaderies comiques-troupières à la Roger Moore? Exit le dur réalisme XXIe siècle à la Jason Bourne et rebonjour le grand fun disco des années 70/80 : gadgets, intrigue cousue de fil rouge, répliques convenues, grand héros bourru empreint de sentimentalité, grand méchant physique qui ne meurt jamais (Adieu Jaws, bonjour Nails ! ), grand méchant mental parlant trop et comme échappé d’un mauvais Tarantino, petits comparses insignifiants sans aucun rôle à jouer (M, Q, Moneypenny), héroïne au charme d’huître enceinte ne pouvant de fait avoir le destin d’une Eva Green ou d’une Diana Rigg.

Il faut dire qu’au service secret de sa Majesté, les temps ont changé : We don’t have anymore all the time in the world : time is money ! Et ce n’est pas la grande famille de notre mollusque national qui nous contredira ici ! Vous l’aurez compris, chers lecteurs, ce Bond est formidable puisqu’il a été écrit pour vous et le plus grand nombre : vous pouvez y amener sans appréhension vos enfants chéris et votre chien jaune (Attention : Spoiler . Il y a un chat blanc à l’écran). A n’en pas douter, son manque d’aspérités va vraisemblablement faire de ce grand film d’action pré-formaté le plus grand succès commercial de la saga.

Pour nous, Bad boys, resteront néanmoins de ce Bond d’avoir entendu une dernière fois la voix rauque de Craig et craint le silence du Spectre dans les palazzos romains, d’avoir admiré la beauté fanée de Monica Bellucci et jalouser Bond d’avoir séché ses larmes, d’avoir contemplé la maigreur spectrale de M. White et assisté à sa pâleur finissante, d’avoir constaté l’impact des aérolithes dans le désert et souri à cette occasion à la seule réplique véritablement bondienne du film. (Le film s’arrête là puisqu’aussi bien apparaît alors Léa. C’est dur !)
Et aussi d’avoir beaucoup ri devant la luxueuse vision des producteurs de ce qu’est un voyage ferroviaire en Afrique sub-saharienne ! (Comme tout familier du Monténégro avait ri jaune d’ailleurs durant « Casino Royale » lorsque Bond empruntait dans ce pays de Montagne un train de luxe.)

Reste enfin la perspective que le 25e Bond serait le cinquième Craig - les chiffres impairs nous portant chance depuis nos gains au Casino Royale. Peut-être que ce succès évident accordera un répit à notre cher Daniel avant qu’il ne passe la main à un quelconque Idriss. Souhaitons-nous dans tous les cas que le prochain Bond soit de nouveau noir !


* La chose est connue ou mériterait de l’être pour expliquer le mystère de ce film ‘aquatique’ démarrant en grande pompe et finissant en eau de boudin dans le désert bolivien : la grève des scénaristes hollywoodiens de 2007 avait eu pour conséquence le bâclage du film et sa fin expéditive. Ce film au montage rapide faisait d’ailleurs 1h45 contre 2h en moyenne pour tous les Bond, sauf  le sentimental « Spectre » bien entendu qui, à l’inverse, s’étire en langueurs (2h28 !).

 

 
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