Publié le Dimanche 5 juillet 2026 à 12:00:00 par Cedric Gasperini
L'Edito du Dimanche
Douleur glacée
Le début des vacances a été sifflé et les premiers chanceux s’envolent vers des destinations plus exotiques, profiter du beau temps qui s’est installé depuis quelques semaines et qui, surtout, s’annonce à nouveau caniculaire dans les prochains jours.J’avoue qu’il ne me déplairait pas d’aller piquer une tête dans la grande bleue, ou même dans la petite bleue, barbotter au milieu des méduses, des flaques de crème solaire flottant à la surface des eaux et, même, de quelques étrons lâchés çà et là par quelques abjects personnages (si, si, ça arrive bien plus souvent qu’on ne le croit). Finalement, quand on se baigne, le plus important, c’est de ne pas boire la tasse.
Il me faudra encore attendre un peu avant de profiter à mon tour des immondices estivales et je vais donc subir, à nouveau, cet épisode de chaleur intense à suer à grosses gouttes chez moi. Je remettrai à demain, puis à après-demain, puis au jour d’après, les différents travaux urgents à faire la maison parce que, d’une part, ce ne serait pas raisonnable de travailler sous cette chaleur et, d’autre part, bah, j’ai la flemme, quoi.
J’écouterai mes concitoyens se lamenter à nouveau de l’inefficacité du gouvernement à les protéger de la météo, à grands renforts de « c’est pas normal », de « faudrait qu’on » ou de « y’a qu’a », s’érigeant en experts climatologues pour que, finalement, dès les températures redescendues, l’écologie redevienne le cadet de leur souci. Parce qu’après tout, entre le dernier iPhone et la survie des océans, faut pas déconner, c’est pas avec une étoile de mer qu’on va réussir à envoyer des vocaux.
Reste que pour l’écologie, je ne vais pas jouer les donneurs de leçon sur ce point. Entre mes consommations quotidiennes et mon insatiable soif de découvrir le monde, j’ai chaque année le bilan carbone d’une flottille d’A380 à moi tout seul.
Mais j’essaie de compenser. Je fais des petits gestes au quotidien. Je vais chercher le pain à pied. D’accord, la boulangerie est à 400 mètres. Mais hé, aller-retour, ça fait 800 mètres, hein ! Sûr que ça me fatiguerait moins d’y aller en voiture ! Surtout par ce temps ! Mais non. Je prends mon courage à deux mains, j’enfonce bien ma casquette sur mon crâne et je sors braver les températures sahariennes pour avoir mon quignon.
Tous les petits gestes comptent. Tiens, j’ai même interdit à mes parents de s’acheter un climatiseur ! Trop polluant ! Et ça n’a rien à voir avec le fait que j’ai besoin d’argent pour refaire ma terrasse et qu’un héritage tomberait à point. Du tout. C’est juste un geste écologique.
En tout cas, je ne me plains pas. Je profite du beau temps pour en prendre du bon.
Et je mange des glaces. J’aime bien ça, les glaces. J’adore ça, en fait, les glaces. Contre l’avis familial général, je me suis offert une machine à glace. Je fais mes glaces à la fraise. A la fraise et à la menthe. A la fraise et au basilic. A la banane. Au Schtroumpf (si, si). A l’abricot. A la vanille. A la pêche. A la vanille et au rhum. Au whisky. J’ai prévu d’essayer une glace à la Guinness, aussi. Je suis un fan de glaces. Je ne peux pas résister à une bonne glace.
Le problème, c’est que manger une glace m’inflige désormais systématiquement une douleur atroce. Un « gel de cerveau », comme on appelle ça. C’est hypersensibilité au froid du palais que le cerveau, incapable de comprendre, interprète comme un vive douleur. Et c’est à s’en taper la tronche contre les murs tellement ça fait mal.
C’est un problème qui n’est pas rare… mais suffisamment méconnu pour que les gens autour de moi se demandent ce qui m’arrive en s’inquiètent, d’une part de ma réaction ultraviolente, d’autre part du manque de réaction de ma chère, tendre et aimante épouse qui, elle, a l’habitude de me voir comme ça et s’en fout à un point, vous n’imaginez pas. Elle, elle n’aime pas trop les glaces. Alors elle ne comprend pas que je m’inflige ça, cet état de douleur indescriptible, pour quelques cornets de crème glacée.
Mais moi. J’aime trop ça, la glace. Alors je continue à en manger. Et à hurler de douleur à chaque fois.
Non, ce n’est pas rationnel. Oui, elle a raison, je devrais arrêter.
Mais il y a pour moi deux choses dans le monde qui méritent de souffrir pour elles. Et la glace est l’une d’entre elles.
L’autre ?
Smiley bisou. Cœur. Cœur. Aubergine.
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