Publié le Dimanche 19 juillet 2026 à 12:00:00 par Cedric Gasperini
L'Edito du Dimanche
Ce n'est qu'un au revoir...
Parfois la vie est une chienne et vous rappelle à quel point la souffrance est partout. Elle vous atteint dans votre chair, vous déchire le cœur, vous lacère l'esprit et vous laisse, à terre, baignant dans votre sang, les viscères répandues sur le sol, le visage tuméfié, énucléé, le crâne défoncé, la cervelle dégoulinante, rongé par le mal et la peine.C'est une image, bien sûr, mais une image volontairement violente et choquante pour vous faire prendre conscience de la gravité de l'instant, de la gravité de ce qu'il m'est arrivé cette semaine. De l'état dans lequel je me trouve aujourd'hui. De la raison qui me pousse à demander prochainement mon internement en maison psychiatrique.
Laissez-moi vous raconter…
Profitant de quelques jours de repos, forcément bien mérités puisque c’est le mien, de repos, , j'ai décidé de braver la canicule et gambader d'hôtel de luxe en hôtel de luxe, goûter si la piscine de l'un vaut la piscine de l'autre.
Et aussi si les cocktails de l'autre valent les cocktails de l'un, j'avoue.
Parce qu'il faut, parfois, savoir profiter de sa richesse personnelle immense, certes mal acquise, mais acquise quand même alors, hein, on ne va pas se priver.
Pour les cocktails, je vous rassure, pas de souci. La Piña Colada n'est peut-être pas toujours parfaite, mais elle reste acceptable et surtout, rafraîchissante par des températures pareilles.J’ai posé (et déposé, je vous rappelle que je gambadais d’hôtel en hôtel), dans une région où le thermomètre ne descend pas au-dessous de 40*C. La journée était occupée à quelques visites de sites mémorables alentours, parce que, comme le répète souvent ma chère, tendre et aimante épouse, "la nourriture de l'esprit est aussi, si ce n'est plus importante, que la nourriture du corps".
Bon, moi dans ces cas-là je lui réponds que la nourriture de l'esprit, ok, mais même avec un glaçon, ça ne vaut pas un petit cocktail et puis par de telles températures, la nourriture de l'esprit dans la piscine, c’est bien aussi et ça m'évite de suer comme un bœuf et en plus, je n'ai pas non plus emmené de quoi me changer 3 fois par jour parce que là, je dégouline au moindre pas voire même sans bouger, alors je vais peut-être rester tranquille aujourd'hui mais vas-y toi, ça te fera du bien à ton esprit de manger un peu.
Sauf que d'esprit, ma chère, tendre et aimante épouse n'en manque pas. Et elle ne se prive pas de me faire comprendre que ça ne me ferait pas de mal de bouger un peu, que la pile de fringues que je planque derrière l'armoire - oui, elle l'a bien vue - soi-disant parce qu'elles ont rétréci au lavage, réintègrerait sans doute la pile de vêtements dans lesquels je rentre, si je perdais mon gros bide, et qu'un cocktail, ça se mérite.
Et généralement elle ajoute "mais tu fais ce que tu veux" en me regardant comme ça. Et quand elle me regarde comme ça, en fait, j'ai intérêt à l'écouter parce que ça veut dire qu'elle ne rigole pas, mais alors pas du tout.
Bref, je me suis retrouvé par 40°C à l'ombre à déambuler parmi des vieilles pierres décrépites, à écouter des histoires de vieux Rois décrépits et à répandre ma vieille sueur décrépite sur des vieux chemins décrépits.
Mais à la fin, j'ai le droit à un cocktail au bord de la piscine !
Alors chuis content ! Je sue en silance !
Cette semaine, pourtant, le bonheur a été sauvagement perturbé.
"Monsieur, l'accès à la piscine se fait exclusivement chaussé de tongs. Si vous n'en avez pas, nous pouvons vous en prêter"Par deux fois, l'insulte s'est répétée dans des hôtels différents ! Deux fois !
J'étais faible. J'étais exténué. Le frais de la piscine me tendait les bras. Le frais du cocktail me tendait la bouche...
J'ai cédé. Non sans vitupérer, parce qu'on ne se rend pas sans se battre, même si la partie était perdue d'avance.
J'ai capitulé. J'ai mis des tongs.
Moi. Des tongs aux pieds.
J'ai dû supporter l'horrible flip-flap de la semelle plastique claquant sur le sol tandis qu'une lanière me cisaillait les espaces interdigitaux.
J'avais mal. J'avais honte. Mais j'avais chaud et j'avais soif alors j'ai baissé la tête et laissé mon honneur au vestiaire.
Depuis, la nuit, je me réveille en sursaut, encore traumatisé par l'expérience horrible, en hurlant "Pas les tongs ! Pas les tongs !".
J'ai donc décidé d'entrer dès demain et pour une durée indéterminée en maison de repos.
Il est possible que vous n'ayez plus de nouvelle de moi pendant quelques jours, semaines ou mois.
Mon entourage vous tiendra au courant. Mais je ne peux rester ainsi plus longtemps.
Smiley bisou. Cœur. Cœur. Aubergine.
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