L'Edito du Dimanche

 

Publié le Dimanche 6 août 2017 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du Dimanche

Coup de chaud

imageJ’ai eu un énorme coup de chaud en début de semaine. Un vrai, un beau, un comme il faut. Le fait de quitter une région parisienne à 20°C pour atterrir dans le Sud à 40°C… La fatigue du voyage… L’envie de se faire plaisir avec un petit apéro ou deux… ou trois… suivis d’une petite bouteille de rosé… ou deux… et une trop longue exposition en plein cagnard ont eu raison de moi. Une de ces insolations qui ne vous laisse pas indemne. D’ailleurs, c’est ce qu’ont dit les médecins à ma femme : il n’en sortira pas indemne. Après un après-midi, une nuit et une matinée d’hospitalisation, ils lui ont expliqué que les séquelles neurologiques irréversibles n’étaient finalement que peu de choses par rapport au fait que j’aurais pu y rester, tout simplement.

Les médecins lui ont parlé de Syndrome Frontal, ou de Syndrome Dysexécutif. Dans le langage courant, on parle de désinhibition. Selon le corps médical, je risquerais d’avoir des comportements de type « s’énerver pour un rien et de façon excessive, disproportionnée ; ne plus pouvoir réfréner ses envies, notamment sexuelles ; ne pas pouvoir s’empêcher de dire ce que je pense à haute voix ; ne pas pouvoir s’empêcher de dire des gros mots, d’être agressif ; et autres troubles comportementaux comme une consommation excessive de nourriture ou d'alcool. »

« Oui, en gros, ça ne va pas changer grand-chose à son comportement d’avant, quoi » a répondu ma femme.
Moi, personnellement, je n’étais pas plus inquiet que ça. Ce qui me préoccupait plus, et je ne me suis pas privé de leur faire remarquer, c’était que le Docteur avait une gueule de con et que la petite interne, je lui aurais bien bouffé le cul.

Sur le chemin du retour, ma femme ne m’a pas laissé conduire. Ce n’est pas plus mal. Comme ça, j’ai pu rouler la fenêtre ouverte et crier sur les passants.

imageAprès une bonne journée de repos, les maux de tête avaient disparu et le matin, j’ai donc décidé de retourner sur la plage. Ma femme n’était pas trop pour, mais je lui ai assuré que tout était rentré dans l’ordre et que cette insolation n’était qu’un mauvais souvenir, que j’avais retrouvé mon état normal. « Je suis un guerrier, j’suis un warrior, je m’auto-répare comme un Autobot, c’est bon, j’ai envie d’aller piquer une tête dans la flotte ».

Après avoir fait remarquer à une dame qu’elle avait un si gros cul que son maillot de bain ressemblait à un string, nous nous sommes installés tranquillement sur le sable.

Et d’ailleurs, tout s’est bien passé. Nous avons même joué un peu aux raquettes en bord de mer et j’ai été tout ce qu’il y a de plus sérieux et raisonnable, enchaînant les coups droits, les revers, les retournés acrobatiques et les plongeons dans l’eau pour rattraper les balles. Je sais quand même me tenir, quand il le faut.
Du moins… j’aurais su me tenir si une vieille n’avait pas collé sa chaise de plage à dix centimètres de nous, sous prétexte que « c’est sa place vu qu’elle s’installe là tous les jours », allant même jusqu’à poser ses pieds sur ma serviette. Le tout en parlant bien fort avec tous les gens aux alentours de sujets aussi passionnants que le prix des tomates, l’efficacité de l’ibuprofène sur ses douleurs arthritiques et ses crises hémorroïdaires régulières.
Moi, j’ai juste expliqué aux gendarmes qu’on jouait au tennis de plage avec des raquettes en plastique et que le plastique, ça glisse avec l’eau. Que j’avais simplement voulu faire un puissant coup droit et que la raquette m’avait échappé des mains pour aller en plein dans sa gueule. J’ai ajouté qu’il n’était pas question de lui faire du bouche à bouche parce qu’à son âge, ça devait sentir le rance. Et puis j’ai terminé sur le fait que j’aimais beaucoup les gendarmes, qu’ils font un métier formidable, qu’ils sont vraiment sous-estimés et surtout sous-payés compte tenu des missions périlleuses qu’ils remplissent quotidiennement.
Désinhibition, peut-être, mais loin d’être con quand même…

imageDu coup, comme la vieille gueulait et les traitait d’incapables parce qu’ils ne m’arrêtaient pas, c’est elle qu’ils ont embarqué.

Après ça, ma femme n’a plus voulu que j’aille à la plage. C’est quand je lui ai expliqué que ça ne me dérangeait pas, que de toute manière, j’avais envie d’elle, là, tout de suite, sur la table, sur le lit, sur le canapé, sur le sol, sur la cuisinière, et que ça allait durer tout l’après-midi, qu’elle a quand même bien voulu qu’on y retourne. Mais j’ai dû promettre de bien me tenir. Et elle a quand même emmené les papiers du docteur au cas où, pour expliquer la situation aux gens.

Après avoir, sur le chemin, dit à un enfant qu’il était vraiment très moche et que du coup, il n’avait d’autre choix que de réussir ses études pour être heureux dans la vie, nous avons réussi à trouver un petit coin assez isolé sur la plage.

Plutôt que de risquer un accident avec un jeu de plage, ma femme m’a proposé une séance de bronzette, avachis sur nos serviettes. C’est sympa aussi de temps en temps, ça repose.

Mais bon, ce n’est pas de ma faute si des gens sont venus s’installer à côté de nous. Ni si le mec s’est mis à cloper, le vent envoyant toute la fumée sur moi. Du coup, j’ai longuement répété dans ma tête pour lui dire un truc plus poli que « hé, enculé, ça va, ça ne te dérange pas de m’envoyer ta fumée de merde dans la tronche, tu veux que je te refasse la mèche à coups de tuba ? »
En plus, il était vachement balaise, le gars. Du genre musculation quotidienne. Alors je lui ai gentiment demandé de l’éteindre, quoi… « Pardon monsieur, désolé de vous déranger, mais je reçois toute la fumée de votre cigarette, auriez-vous l’obligeance, sans trop vouloir vous ennuyer, d’essayer de l’orienter vers une autre destination ? »
Sa réponse n’a pas forcément été tout à fait à la hauteur de mes attentes : « C’est bon, on est dans un espace public, je fais ce que je veux, si t’es pas content, tu vas ailleurs, font chier ces connards de non-fumeurs à la fin »

imageMoi j’ai juste expliqué aux gendarmes qu’on jouait à imiter des animaux, et qu’il avait gagné en faisant l’autruche, que ça faisait au moins 10 minutes qu’il avait la tête dans le sable.
C’est sûr que le parasol planté dans le cul, ça ne jouait pas forcément en ma faveur. Mais j’ai ajouté que j’aimais beaucoup les gendarmes, qu’ils font un métier formidable, qu’ils sont vraiment sous-estimés et surtout sous-payés compte tenu des missions périlleuses qu’ils remplissent quotidiennement. Alors c’est quand même passé.

Finalement, c’est le soir que tout est parti en sucette. Quand l’hôpital a appelé ma femme pour lui dire qu’ils s’étaient trompés de dossier et qu’en fait, je n’avais aucune séquelle neurologique, que j’étais parfaitement normal. J’ai eu du mal à lui expliquer…

 

 
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Commentaires

Ecrit par Tidus le 06/08/2017 à 12:52

 

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Après avoir, sur le chemin, dit à un enfant qu’il était vraiment très moche et que du coup, il n’avait d’autre choix que de réussir ses études pour être heureux dans la vie
Malheureusement cela ne suffit pas forcément pour être heureux.

1515 Commentaires de news

Ecrit par Quantum le 06/08/2017 à 15:51

 

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Inscrit le 08/05/2009

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je me demande si c'est pas le meilleur édito que j'ai lu depuis un moment ... j'en ai les larmes aux yeux ... smiley 25

530 Commentaires de news

Ecrit par dieudivin le 06/08/2017 à 22:10

 

3

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Inscrit le 18/03/2011

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Bon, tes vacances se passent bien on dirait smiley 13

4183 Commentaires de news

Ecrit par scudik le 06/08/2017 à 22:17

 

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Inscrit le 13/12/2013

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Ça te réussit les vacances Cedric. Pas sûr que ta présence soit approuvée par les autres vacanciers, mais pour toi ça marche.

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