L'Edito du dimanche

 

Publié le Dimanche 23 décembre 2018 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du dimanche

Laissez-moi vous offrir de l'amour

imageHonnêtement, je ne sais pas quelle réputation j’ai, mais quand j’ai expliqué, dans mon édito de la semaine dernière, que j’allais faire des efforts et devenir vachement gentil, attentionné et sympathique durant cette dernière semaine avant Noël, les seules réactions auxquelles j’ai eu droit sont des « laisse-tomber, tu n’y arriveras pas » ou des « ce n’est tellement pas toi… ».
A croire que vous me voyez tous comme un putain de psychopathe en puissance alors que franchement, dans la vraie vie, tout ce que je veux, moi, ce sont des câlins. Je n’y peux rien si ce sont les autres qui ne veulent pas et que je suis obligé de les y forcer.

En tout cas, un soir, alors que nous discutions, entre amis, de ma volonté d’être aimable et serviable pendant quelques jours, il a été décidé de m’adjoindre un « coach en gentillesse » pour m’aider dans mes démarches.
Parce qu’il est l’amabilité incarnée aux yeux de tous, c’est Thomas, un ami et collègue, qui a été choisi pour m’accompagner dans cette aventure. Sain Thomas, comme il s’est appelé lui-même dans une tentative hasardeuse d’auto-moquerie. Ce qui ne signifie pas qu’il mange bio, équilibré et qu’il fait du sport, mais juste que c’est une buse en orthographe.

Bref, Sain Thomas a pu me conseiller dans mes choix de bonnes actions et de petits mots aimables. J’ai ainsi appris que quand on tient la porte à quelqu’un et qu’il ne vous dit pas merci, il ne faut ni lui faire de croche-pieds, ni lui refermer la porte sur la gueule avec un « merci connard », mais continuer son chemin en souriant. Ben oui. Moi j’trouve ça dommage et moins amusant, mais il paraît que c’est plus gentil.

imageAlors que nous déambulions dans les rues, nous avons croisé une jeune mère en train de galérer avec sa poussette. Elle peinait à monter quelques marches, tandis que dans une indifférence générale, les passants vaquaient à leurs occupations. Sain Thomas m’envoya donc accomplir ma première bonne action. J’y gambadais joyeusement, le cœur en fête, tel un chevalier moderne, tel un Jésus de Noël, le côté « à poil dans une crèche » en moins, venu apporter le bonheur à ses concitoyens.
Bon. Tout ne s’est pas passé comme prévu, j’avoue. Surprise de me voir débarquer tout à coup, la jeune femme n’a pas compris que je voulais l’aider, a pris peur, s’est mise à crier, a tiré violemment la poussette et est tombée en arrière. Je vous rassure, elle va bien. Elle ne saigne plus. Et le bébé, qui a chuté de la poussette, va bien aussi. Le tesson de bouteille sur lequel il s’est empalé n’a touché aucun organe vital.

imagePersuadé que cet échec n’était que malchance, mon ami Sain Thomas continua donc à m’encourager dans ma quête de rédemption. Il ne fallut pas longtemps pour repérer une âme en peine. Dans le métro, une jeune fille peinait à monter sa valise en haut des escaliers. Sain Thomas m’envoya donc accomplir une nouvelle bonne action. J’y gambadais joyeusement, le cœur en fête, tel un chevalier moderne, tel un Jésus de Noël, le côté « à poil dans une crèche » en moins, venu apporter le bonheur à ses concitoyens. En plus, comme elle était mignonne, mon envie de lui porter secours était décuplé. J’arrivais calmement pour ne pas l’effrayer, en lui disant « attendez, je vais vous aider ». Et vous savez quoi ? Ravie, elle me laissa faire.
Bon. Tout ne s’est pas passé comme prévu, j’avoue. C’est qu’elle était lourde, la valise. Et la poignée était fragile, apparemment. A deux marches du sommet, elle s’est rompue. Et je me suis donc retrouvé avec ladite poignée dans la main, tandis que la valise dévalait les marches.
Ce qu’il y a d’amusant, dans les escaliers du métro, c’est qu’ils sont raides. Et la valise a donc pris de la vitesse. Ce qu’il y a d’amusant, aussi, dans les escaliers du métro, c’est qu’ils sont souvent « divisés » en deux par une petite terrasse, histoire de reprendre votre souffle. Et que la valise a donc pu s’en servir comme tremplin pour décoller et atterrir en pleine tête d’une petite vieille.
« Mais… Mais… » m’a dit Sain Thomas. « Quoi mémé ? » je lui ai répondu. « Mais… mais… » m’a redit Sain Thomas. « Mémé ou pas mémé, quand elles font cette tête-là, c’est qu’elles ne sont pas contentes », j’ai répondu en ramenant justement la tête de la pauvre dame près du reste de son corps. Bon. Ensuite, perso, je me suis barré. Après tout, ce n’était pas à moi de régler le problème. Ce n’était pas ma valise.

Dépité, mais pas abattu, Sain Thomas n’a pas abandonné sa tentative de me transformer en bon samaritain de Noël. Et comme tout ça m’avait donné faim, j’ai proposé d’aller casser la croûte au resto du coin.

imageUne fois sur place, nous avons pris place à une table, tranquilles, et avons commencé à débattre d’un sujet qui lui tient à cœur, l’éthique. Alors que je lui expliquais ma vision à moi de l’éthique et qu’il se retenait de pleurer, une femme a commencé à s’étouffer à la table d’à côté. « J’vais lui faire la manœuvre d’Heinrich » ai-je dit en me levant. « Tu veux dire Heimlich » a répondu Sain Thomas. « Non, Heinrich. Le tueur en série des années 20, Fritz Heinrich Haarmann. Il égorgeait ses victimes avec les dents. Là, si je m’y prends bien, j’vais lui faire une trachéotomie à la canine, elle va vite recommencer à respirer, tu vas voir ». « Euh… Fais plutôt la manœuvre d’Heimlich » m’a-t-il conseillé. « T’es sûr ? » ai-je répondu. « Certain ».
Sain Thomas m’envoya donc accomplir une nouvelle bonne action. J’y gambadais joyeusement, le cœur en fête, tel un chevalier moderne, tel un Jésus de Noël, le côté « à poil dans une crèche » en moins, venu apporter le bonheur à ses concitoyens.
Je chopais la demoiselle par derrière, lui collait mes deux mains au milieu du sternum et pressait d’un coup sec.
Bon. Tout ne s’est pas passé comme prévu, j’avoue. Je l’ai bel et bien aidée. Sauf qu’elle a recraché un gros truc pointu qui est allé se loger dans l’œil de son compagnon. L’œil a éclaté et le mec, sous la douleur, a eu un mouvement de recul. Il a percuté le serveur qui arrivait avec une casserole de Grand-Marnier en train de flamber. La casserole est tombée sur le rideau qui a commencé à prendre feu. C’est con, mais en moins de 5 minutes, on avait transformé un petit resto sympa en grill géant.

Finalement, ma bonne résolution n’aura pas tenu 24h. « Mieux vaut jeter l’éponge » m’a conseillé Sain Thomas. « Quand tu essaies d’être sympa, c’est le monde entier qui morfle. Il doit y avoir un problème d’alignement des astres ou de résonnance de karma, je ne sais pas, mais faire le bien, ce n’est définitivement pas pour toi ».
Comme il avait l’air triste, je lui ai fait un câlin. Comme il ne voulait pas, je l’ai un peu forcé. Et nous sommes donc repartis.

imageSur le chemin du retour, alors que nous marchions tranquillement, nous avons croisé un type qui faisait son jogging sur le trottoir. Il fonçait, tête baissée, les passants s’écartant sur son chemin de peur d’être bousculés.
En temps normal, je n’aurais pas bougé et je l’aurais percuté coude en avant pour lui rappeler qu’on appelle ça un trottoir, pas un couroir, et qu’à la limite, il peut trotter, mais pas courir en poussant tout le monde.
Bon. Il était baraqué, alors moi aussi je me suis écarté.
En temps normal, je ne l’aurais pas fait.
Sauf que… en fait, on était en temps normal. En plus, j’avais la bénédiction de Sain Thomas pour redevenir un sale con. Et puis, je n’aime pas les joggeurs. Alors au moment même où il est passé, j’ai projeté mon épaule en avant pour lui exploser les gencives.

Ça a bien marché. Au-delà de mes espérances, même.

Il est allé s’éclater sur la route, a percuté un vélo, ce qui a fait peur à une voiture qui s’est encastrée dans une poubelle, envoyant ladite poubelle valser sur le trottoir juste avant qu’un pot de fleurs ne s’écrase dessus.

Une vraie scène de chaos.

Sauf que…

imageEn fait, le type qui courait venait de voler le sac d’une femme enceinte. Le vélo, s’il n’avait pas été freiné par la chute, aurait percuté la voiture puisque le conducteur ne l’avait pas vu parce qu’il envoyait un texto sur son téléphone. Quant à la poubelle, elle a stoppé net la route d’un couple avec un bébé qui, sans ça, aurait reçu le pot de fleurs sur le landau. Pot de fleurs tombé d’un balcon et ce, sans aucun rapport avec tout le reste, je tiens à préciser.

Bref, j’ai aidé plein de monde, en réalité.

Les yeux embués de larmes, à mi-chemin entre la terreur et l’émerveillement, Sain Thomas a alors apposé sa main sur moi et m’a lancé cette phrase qui résonne encore dans ma tête comme un conte de fêtes de fin d’année : « En fait, t’es un mal pour le bien ».

Joyeux Noël à tous.

 

 
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Commentaires

Ecrit par clayman00 le 23/12/2018 à 14:12

 

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smiley 33smiley 33smiley 33

Joyeux Nowell

6596 Commentaires de news

Ecrit par Quantum le 24/12/2018 à 12:26

 

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smiley 25

je me doutais bien que ça finirait comme ça smiley 26smiley 26

putain faudrait en faire un flim ....

593 Commentaires de news

Ecrit par 10r le 26/12/2018 à 15:09

 

3

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Inscrit le 18/03/2010

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gizmo.... le baudelaire d'orange mécanique, le rimbaud de vol au dessus d'un nid de coucou.

suis parti... smiley 31

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