La chronique cinéma de Paf ! : Clint Eastwood

 

Publié le Samedi 9 février 2019 à 13:00:00 par Cedric Gasperini

 

La chronique cinéma de Paf ! : Clint Eastwood

Qui veut une mule sans défaut doit se résoudre d'aller à pied

Invictus & Unforgiven

It matters not how strait the gate
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate,
I am the captain of my soul
 
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How old are You, reader? Depuis quatre ans environ que je vous écris, je me pose souvent la question. Entre 15 et 55 ans, j’imagine. Geeks depuis Space invaders jusqu’à Red dead redemption 2, non ?

Pour ma part, non-geek mais cinéphile, j’ai vu mourir John Ford et Akira Kurosawa, John Wayne et Lee Marvin, Ingmar Bergman et Alfred Hitchcock, Robert Mitchum, Burt Lancaster, … Brel, Brassens, Fallet, Desproges, Barbara et puis Charles, William, Loïc, Lydie, Bob, Lola… C’est dur de vieillir quand vos proches meurent l’un après l’autre autour de vous.

Il en est un cependant qui m’est fidèle depuis toujours. Il fut longtemps un grand-frère et puis un jour - avec « Million dollar baby » je crois - il est devenu un vieil oncle. Avec « The mule », il est désormais notre grand-père, voire notre arrière-grand-père et c’est un sentiment très étrange que de le découvrir ainsi, après six ans d’absence sur nos écrans.
 
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Le 31 mai prochain, il aura 89 ans et pour la première fois de sa vie et de la mienne, il fait son âge, avançant d’un pas de sénateur au milieu de jeunes gouines, flics, nègres, culeros… Political incorrect forever, the legend lives.

On the road again

Mais le pick-up truck a remplacé la moto du figurant des films d’horreur de Jack Arnold.

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Son nom est Clint même s’il fut longtemps l’homme sans nom et l’exposition Leone n’a d’ailleurs plus que quelques jours à vivre à la Cinémathèque.

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Vous pouviez la manquer car elle n’offrait que peu d’attrait même si elle donnait envie de revoir tous les films de Leone en la quittant. Seul grand intérêt, les deux ouvrages parus à cette occasion : le collectif « La révolution Leone » et la biographie de Leone par Frayling qu’on attendait depuis près de vingt ans en traduction française : « Sergio Leone – Quelque chose à voir avec la mort ». Captivants (29 € et 32 €).

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Et pour les fétichistes, on peut aussi acheter le pancho de l’homme sans nom à la librairie (79€ je crois, fabriqué au Mexique. Par les petits enfants de Sam Peckinpah peut-être ?).

Depuis Leone et son inconnu ou étranger magnifique (Il magnifico straniero/Pour une poignée de dollars), Eastwood a collectionné les rôles et noms improbables:  Harry Callaghan, Josey Wales, Phil Beddoe, Tommy Nowak, Nick Pulowsky, William Munny, Robert Kincaid, Walter Kowalsky, et plein de Luther, Frank, Terry, Gus jusqu’à Earl jones aujourd’hui.

Et le moins qu’on puisse dire est qu’Earl est eastwoodien jusqu’au bout des ongles : vétéran de Corée, petit entrepreneur, road-mover, grommeleur et political incorrect, individualiste et solitaire bien qu’entouré d’amis, mais regrettant de n’avoir pas trouvé assez de temps pour sa famille.

“…For what is worth, I’m sorry for everything”
Earl Jones


“The mule” est un road-movie barré comme Clint les affectionne (« L’épreuve de force », « Honky Tonk man », « un monde parfait »,…); ça parle de voitures comme souvent (« Pink Cadillac », « La relève », « Gran Torino », …) et ça met en scène un Earl Stone de 90 ans n’ayant pas sa langue dans sa poche et regrettant d’avoir foutu en l’air sa vie privée et sa relation avec ses enfants réels ou virtuels (« Un monde parfait », « les pleins pouvoirs », « une nouvelle chance »,…). L’arrivée d’internet va mettre en faillite la petite entreprise d’horticulture de ce dinosaure analogique dans un monde numérique et nous plonger dans une comédie plongeant lentement dans le drame. Un pur Eastwood. De la meilleure veine. Non pas celle des chefs d’œuvre qu’on M (Madison, Mystic river, Million Dollar baby, Mémoires de nos pères,…), mais des bons films qu’on adore voir et revoir parce qu’ils modèlent au fil des années un personnage, un américain, un mythe,… tout en offrant à de grands acteurs l’un des meilleurs rôles de leur vie.

Au fil des années, ce fut notamment le cas pour Sondra Locke, Bernadette Peters, Merryl Streep, Judy Davis, Angelina Jolie, Kevin Costner, Jeff Daniels, Morgan Freeman, Gene Hackman, Ed Harris, Sean Penn, Tim Robbins,… et pour le petit nouveau, Bradley Cooper, qui retrouve dans « The mule » son réalisateur d’« American Sniper » et son producteur d’« A star is born ». Andy Garcia, Dianne Wiest et Lawrence Fishburne complète la distribution de « The mule », et à l’instar du maître, les héros sont fatigués : embonpoint et cheveux blancs bousculent nos souvenirs du Parrain III, d’Apocalypse Now et de l’égérie eighties de Woody Allen. Mais le talent, le talent…

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A l’opposé même du mythe qu’il a forgé quant à sa représentation personnelle sur l’écran, l’artiste Eastwood - très proche d’un John Ford ou d’un John Huston sur ce plan – ç’est d’abord et avant tout le talent de s’entourer de talents (interprétation, scénario, musique, photo, production, montage,…) et de faire disparaître ses mouvements de caméra derrière l’action verbale ou physique et l’émotion. C’est parvenir à broder ensemble dans un même film la comédie de dialogue, le drame familial, le thriller policier ou militaire.

Courrez déguster « The mule », ne serait-ce que pour la verdeur langagière du Papy et voir Eastwood coucher avec des bimbos dénudées 70 ans plus jeunes que lui au sein de l’hacienda d’un baron mexicain de la drogue où l’extrême violence inhérente à ce milieu va bientôt exploser. Malgré les répliques et situations hilarantes de la première moitié du film, on pressent que tout cela va forcément mal finir…

Mais pas pour Clinton Elias Eastwood Jr restant avec « The Mule », Invictus & Unforgiven. Car je peux vous le spoiler, il n’y aura pas une seule réflexion morale dans ce film sur le fait qu’Earl Jones participe à un trafic illégal de drogue mortifère.

C’est ainsi avec son film le plus political incorrect qu’Eastwood sera finalement parvenu à les user : des Cahiers du cinéma au Nouvel obs, des Inrockuptibles à Télérama,… tous les grands ennemis d’hier sont désormais là pour chanter la gloire du Papy dealer. Seul La septième obsession fait bande à part, mais Papy Douchet disait déjà en 2000 : « Il y a aussi des choses magnifiques. Francis Ford Coppola, Brian De Palma, Michael Cimino, Clint Eastwood font des films remarquables. Mais dans l'ensemble le cinéma américain ne m'intéresse pas du tout. Il est très répétitif parce que la formule fonctionne et fait de l'argent. Si l'on voulait caricaturer le cinéma américain, il suffirait de dire qu'on y voit une voiture qui poursuit une voiture, en faisant des choses de plus en plus extraordinaires. Cela devient de plus en plus décoratif et maniériste. » L’homme sage est celui qui connait ses limites.

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Si de votre côté, vous continuez à aimer le cinéma et les papys pas sages, allez voir « The mule ». Ce n’est pas seulement un bon film, c’est la queue de comète d’un cinéma hollywoodien classique qui ne mourra jamais, tant qu’il y aura de ces gens qu’on appelle « cinéphiles », soit littéralement : aimant le cinéma. Et par définition donc, le mouvement. Et par conséquent les road movies, qu’il s’agisse des Go Fast de George miller ou des  Go Slowly que sont « Paris Texas » de wenders, « A straight story » de Lynch ou « The mule ».

Personnellement, il m’est autant difficile de me fader un blockbuster aseptisé que de me suffire de 4 bobos parisiens parlant de sexe dans une cuisine comme définition d’un cinéma qui ne soit ni décoratif, ni maniéré. Mais bon, les avis, c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un.

Il est regrettable que la meilleure revue de cinéma d’Europe, Positif, n’ait pas clos en beauté la relation privilégiée qu’elle entretient avec le cinéma américain en général et Clint Eastwood en particulier, en mettant en couverture de son numéro de février la figure burinée par 65 ans de cinéma du Shootist, le Dernier des géants. Au prochain film peut-être…

 

 
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Commentaires

Ecrit par Sliden le 25/02/2019 à 18:10

 

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Merci bien, Paf!, pour cette anthologie très agréable à lire. smiley 29

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