L'Edito du dimanche

 

Publié le Dimanche 17 novembre 2019 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du dimanche

Mon dernier adieu avant de mourir

Il parait que la plupart des grands hommes savent quand l’heure de leur mort arrive.

Bon. J’ai quand même un doute parce que je suis certain qu’il y a dans le lot des grands hommes qui sont morts au volant d’une voiture, dans un crash aérien ou dans un quelconque accident et que s’ils savaient avant, ils n’auraient pas pris le volant ou ils auraient fait demi-tour dans la salle d’embarquement. Mais on m’a répondu que c’est pour ça qu’il y a le mot « plupart » dans la phrase et non pas « tous » et que, de toute manière, même si c’est deux minutes avant que l’avion ne s’encastre dans une montagne ou quelques dixième de seconde avant que la voiture n’embrasse un platane, ça reste quand même valable, ils savent qu’ils vont mourir, ils le savent juste un peu plus tard que les autres.

Pour ma part, j’en ai pris conscience hier matin. Je savais que ces derniers temps, niveau forme physique, j’étais très loin d’être au top et que les différents pépins que je traîne depuis des années s’étaient transformés en gros fruits bien mûrs, prêts à défoncer les organes les uns après les autres. J’ai… disons simplement baissé les bras au fil des années, attendant l’inéluctable en espérant qu’il arriverait le plus tard possible. Mais hier matin, quand je me suis réveillé et ai été pris d’une crise de toux infernale, les traces de sang de le mouchoir ne laissaient que peu de doutes quant à une fin imminente.

Oh, je ne me plains pas. Je n’ai absolument pas peur de la mort et mes affaires sont à peu près en règle. J’aurais juste aimé terminer deux ou trois choses avant que ça n’arrive, voire vivre quelques trucs supplémentaires. Mais bon. Même si 46 ans, c’est un peu jeune pour tirer sa révérence, j’en ai quand même bien profité. Inutile de revenir là-dessus.

J’ai juste quelques petites cicatrices sur la conscience. Quelques remords qui me hantent et un franc besoin de pardon avant de partir.

J’ai donc décidé de soulager cette peine qui me ronge jour après jour tel un cancer. Un vrai besoin d’absolution ou, du moins, si je ne l’obtiens pas, une volonté d’apaisement apporté par un dernier élan de vérité et de franchise, moi qui ai trop souvent vécu dans le mensonge. Alléluia, comme dirait l’autre.
J’ai décroché mon téléphone et appelé les êtres chers afin de demander leur pardon.

Pardon, Patrick, d’avoir couché avec ta femme la veille de votre mariage.
Pardon, Nicolas, c’est moi qui ai défoncé ta voiture qui était garée en double fille et en vrac, et qui me gênait pour sortir de ma place.
Pardon, Alex, d’avoir couché avec ta petite amie la veille de votre pacs.
Pardon, Xavier, d’avoir systématiquement depuis trois ans, chaque semaine, déposé des excréments de chien dans ta boîte aux lettres. On m’avait dit que tu avais ta carte du FN. Quand j’ai appris que c’était faux, j’ai continué juste parce que ça me faisait marrer.
Pardon, Louis, d’avoir couché avec ta mère la veille de ton opération après ton accident.
Pardon, Corentin, d’avoir accidentellement mis le feu chez toi lors de cette soirée picole mémorable qui s’est terminée au poste.
Pardon, Corentin, d’avoir dit aux flics que tu cachais sans doute une arme ou de la drogue dans ton anus lors de cette soirée picole mémorable qui s’est terminée au poste.
Pardon, Corentin, d’avoir dit à ton colloc de cellule d’un soir, que tu étais chaud pour un échange charnel, lors de cette soirée picole mémorable qui s’est terminée au poste.
Pardon, François, d’avoir couché avec ta femme la veille de Noël.
Pardon, Joël, d’avoir jeté ton ticket gagnant de Loto et d’avoir accusé cette charmante fille qui partageait alors ta vie et avec laquelle tu t’entendais, jusque-là, si bien.
Pardon, Paul, d’avoir couché avec ta copine la veille de votre déménagement.
Pardon, Christophe, d’avoir accusé ton chien quand j’ai malencontreusement fait tomber ta statuette Star Wars et qu’elle s’est brisée en plusieurs morceaux, mais d’un autre côté, une statuette à plus de 10 000 €, on s’attend quand même à ce qu’elle soit plus solide, merde.
Pardon, Victor, d’avoir couché avec ta sœur. Et ta mère. Et ton ex. Et ta nouvelle copine aussi. D’un autre côté, toi, j’t’ai jamais vraiment aimé. Jamais pu te piffrer et ça me coûtait de faire bonne figure à chaque fois.

J’avoue, tous ne l’ont pas bien pris. A bien y réfléchir, d’ailleurs, aucun ne l’a bien pris. Comme j’avais encore quelques trucs sur la conscience, j’ai appelé trois collègues pour les insulter, un voisin pour lui dire d’aller se faire foutre, ma famille pour leur dire que j’étais persuadé d’avoir été adopté tellement ils sont cons, et pour déconner, j’ai aussi appelé deux aéroports et trois gares pour faire des alertes à la bombe bidon parce que, sans rire, on en a tous rêvé un jour ou l’autre, nan ?

J’ai aussi appelé deux copines de ma femme pour leur dire que j’aurais aimé coucher avec elles avant de mourir et qu’elles seraient sans doute mon plus beau regret. J’ai appelé le copain d’une d’entre elles pour lui dire que sa femme aussi, aurait aimé coucher avec moi avant que je ne meure.

Entre deux quintes de toux, j’ai commencé à rédiger mon testament. Tout en sachant que, mon état s’aggravant maintenant d’heure en heure, je n’aurais pas le temps de le terminer. Mais au moins y mettre l’essentiel pour mettre ce que j’aime à l’abri du besoin. Non, il n’y a pas de faute à « ce ». Ma femme, mes filles, je m’en fous, elles ont ce qu’il leur faut. Non, c’est pour mes bouquins et figurines Terry Pratchett que je m’inquiète, pour mon poster dédicacé d’Alexandra Ledermann, pour mon t-shirt hélicobite ou encore mes peluches Gremlins. Tous ces objets qui sont une partie de moi et qui méritent de me survivre auprès de gens qui sauront les aimer à leur juste valeur.

C’est quand j’ai demandé à ma fille cadette, en larmes puisque je venais de lui annoncer que son papa allait mourir avant la fin de la journée, que ma femme a débarqué et m’a demandé d’arrêter de faire le con, qu’on ne meurt pas d’un simple rhume, même carabiné, et que j’arrête de faire chier le monde avec ça, que ça commence à bien faire et qu’elle aurait dû écouter ses sœurs et ne pas épouser un boulet pareil.
« Mais le sang que je crache ? », j’ai demandé.
« C’est rose, pas vraiment du sang, juste que ta gorge est irritée à cause de la toux », elle m’a répondu.
« J’vais pas mourir alors ? », j’ai demandé.
« Malheureusement non, pas tout de suite », elle m’a répondu.



Oups.

 

 
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Commentaires

Ecrit par 10r le 17/11/2019 à 13:38

 

1

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Inscrit le 18/03/2010

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Bon cru !!!!smiley 13

4724 Commentaires de news

Ecrit par Papa Panda le 18/11/2019 à 11:17

 

2

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Inscrit le 26/03/2014

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ptdr ^^

moi dans cette liste ,je rajouterai surement :
"pardon, ma fille pour avoir couché avec sa meilleure amie"
"mon / mes fils , d'avoir couché avec ta copine ..." genre tu vois c'est une sal***

hihi

1483 Commentaires de news

Ecrit par Mikis le 18/11/2019 à 11:46

 

3

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Inscrit le 21/12/2011

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« Malheureusement non, pas tout de suite », elle m’a répondu.
J'aime ta femme de plus en plus et je lui referai bien l'amour bien qu'on l'ait déjà fait la veille de ton mariage, de noël, du jour de l'an, du 2 janvier, et qu'on continue de le faire depuis dix ans toutes les veilles de lundi (oui, le cheval qu'elle dit monter le dimanche matin, c'est moi smiley 13 )

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