La chronique cinéma de Paf ! : Cobra

 

Publié le Samedi 13 avril 2019 à 12:00:00 par Paf!

 

La chronique cinéma de Paf ! : Cobra

No country for old Paf!

No country for old Paf!

Dimanche dernier, j’ai fêté mon anniversaire et depuis que je l’ai aperçu sur Gam@live, je voulais absolument inviter ‘stolx10’ qui me paraît douée de beaucoup d’intelligence et de sensibilité, deux atouts majeurs pour un dialogue interhumain intéressant.

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Malheureusement, ma femme, ma maitresse et mes ex- ont refusé pour des motifs absurdes et mes petits-enfants ne voulaient pas pour des raisons cardiaques.  « N’est pas « The mule » qui veut, Papi » m’ont-ils dit, ces p’tits cons !

Par contre, rien à redire de la part de mes proches sur l’invitation à l’âme de Gam@live: la Gizmette.

D’une part, parce qu’elle adorable et adorée de tous, mais aussi et surtout parce qu’elle traîne toujours derrière elle son Gremlin, qui est un peu lourd certes, mais qui fait des choses hélicoïdales tout nu sur la table en fin de soirée faisant beaucoup rire les mômes. Faudrait qu’un jour, je passe « Et la tendresse ? bordel ! » à mes petits-enfants, du trop méconnu auteur du parfois formidable « Zig zag story ».

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Sauf que, sauf que…

En fin de soirée, après nous être murgé sévère tout l’après-midi sous prétexte d’arroser le BBQ, j’ai interdit au géniteur de ce site de nous montrer ses prouesses chibro-aviatrices parce que j’ai eu l’idée saugrenue et fantasque d’ouvrir d’abord mes cadeaux devant ceux de mes invités qui n’étaient pas partis dans tous les sens du terme. Et là : le drame, la catastrophe, l’apocalypse : ces deux nazis m’ont offert « Cobra ».

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 « COBRA » !!!
Et la Gizmette d’ajouter candide : « tu verras, c’est un super film ! » pendant que le Gizmo, méphistophélique en diable, souriait en coin…

Bon, moi, je veux bien que, pour la blague, on puisse faire des cadeaux-conneries,
mais « Cobra » !!!

« Pas de cobra, pas de cocholat » ont-ils alors perfidement ajouté en explosant de rire tandis qu’on allait attaquer la fontaine à fondue. J’avais beau me dire que ces deux ex-amis étaient saouls, ça m’a coupé l’appétit et j’ai failli vomir sur le gazon.

Les 48 autres invités m’avaient apporté :
Le chef d’œuvre cinématographique de 2018 : « The house that Jack built »,
une petite pépite : « Get out »,
un Romero que je n’ai jamais vu : « Incidents de parcours »,
un film dont je n’ai jamais entendu parlé : « Magnus »,
de l’arac, de l’absinthe, du St Émilion, du Freixenet, du champagne,
le dernier Tardi, « Il faut flinguer Ramirez »,
un polar danois,
un guide touristique de la Toscane où j’entends bien finir bientôt mes jours,…

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Et eux ? « Cobra » ?!
Une allumette, de la sueur, un flingue improbable, des lunettes et une chemise noires ?
De quoi peut-il bien s’agir-ce ?
Primo Lévi aurait tout de suite pensé à ses vacances à Fossoli en décembre 43, mais non, il s’agissait bien d’un nanar de l’étalon italien.
Le seul, le vrai.
Celui qui permet de mesurer la longueur du pénis des boxeurs fatigués et des meuwines éreintés.

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Alors qu’elle n’avait encore que trente, quarante ou cinquante ans, ma maman avait coutume de dire : « Je ne perdrai pas une minute de plus de mon précieux sommeil pour des stupidités pareilles » et elle partait après 10, 20, 30, parfois même 80 mn de film !

Que n’ai-je suivi son exemple ?
Quand on avance en âge, comme moi, la question se pose fatalement, vous verrez : vu le temps qui me reste, l’écoute de ce disque, la lecture de ce livre, la vision de ce film m’est-elle vraiment nécessaire ?
Vais-je en tirer un plaisir intellectuel et/ou émotionnel intense, sachant qu’il me reste des Balzac, des Céline, des Kurosawa, des Fellini et des Bergman que je n’ai pas encore lu ou vu ? Et que dire des Visconti, Ford, Carpenter, Leone ou Bertolucci qu’on souhaiterait revoir avant le passage de la grande faux ? « Il était une fois en Amérique », « Novecento », « Le guépard », « Les sept samouraïs », « Ténèbres », « The thing », …

Ah, valser une ultime fois avec Marlon, bouffer jusqu’à plus soif avec Andrea, Ugo, Philippe, Michel et Marcello, findemonder avec Kirsten ou se finir, en finir, tout finir au shit et au bourbon avec Kurt ou Kurz au cœur des ténèbres.

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Mais « Cobra » ? Quel était le message, à défaut de cadeau ?

J’aimais bien ce couple avant : ils sont jeunes, beaux, drôles, font des choses bizarres comme chevaucher des équidés ou jouer au foot en salle, perpétuer la race humaine en faisant des enfants adorables qui vivront l’apocalypse climatique ou collectionner des whiskys du monde entier, … Ils étaient fun et j’avais beaucoup d’affection pour eux.
Mais « Cobra » ? « Cobra » !!!
Le Cannon Group, Menahem et Yolan, Golan et Globus, le pire du pire de ce qui est advenu depuis 124 ans que le cinéma existe. Même le cinéma de genre italien des années 50 à 80 et Bollywood depuis son origine n’ont que rarement atteint ce niveau de médiocrité dégueulasse et testostéronée, réactionnaire et pepsicolesque au dernier degré. Dans les années Reagan, ce couple maudit s’est emparé d’un acteur gros bras à l’intellect d’une huitre enceinte qui était rigolo chez Woody Allen et prometteur dans un bon film politique (« Fist »), dans un bon polar (« Les faucons de la nuit ») et dans un excellent film de l’après-Vietnam (« First Blood »).
Ce dernier s’interrogeait intelligemment sur le racisme red-neck et les troubles comportementaux de guerre tout en nous offrant un superbe film d’action. Stallone et Cosmatos vont s’empresser de transformer cette pépite en une grosse bouse raciste rapportant plein de Money. Quand les Go-Go boys ont découvert cela, ils ont vu en Sly la réincarnation de deux Francis - Ford Coppola et Scott Fitzgerald – et lui ont dit « Écris-nous des films, petit, t’as du talent ! ». Ce seront « Cobra » et « Over the top », puis leurs chemins se sépareront, l’un allant tourner « Driven » et « D-Tox » pour un autre producteur, les autres traçant leur chemin avec « American Ninja IV », « Portés disparus 3 » ou encore « King Lear » de Jean-Luc Godard.
Si vous ne l’avez jamais vu, précipitez-vous sur ce fabuleux documentaire où l’on peut voir notamment Chuck Norris, Sly, Van Damme,… faire l’éloge des Golan-Globus. Hilarant !

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Au vrai, j’avais tellement d’affection pour la Gizmette que je me suis dit « t’es vraiment un connard, Paf ! Ce type, Georges pan Cosmatos, qui parlait six langues et était extrêmement cultivé d’après Wikipédia, mais qui a fait tourner des merdes à Richard Burton, Marcello Mastroianni, Burt Lancaster, Richard Harris, Sofia Loren, Donald Sutherland et qui a réalisé un jour par hasard un bon western - « Tombstone » - avec Val Kilmer, Kurt Russell, Bill Paxton,… et ben c’était pas un hasard ! Ses films sont bons et tu n’étais pas en forme le jour où t’as payé ta place pour voir ces « Léviathan », ces « Rambo II », ces « Bons baisers d’Athènes » et autres « Haute trahison ». Regarde ! Regarde « Cobra » de tous tes yeux et va voir les bonus, le commentaire du réalisateur et tout ce qui nous est offert dans ce formidable Blu-ray. »

Ah oui, parce que je vous ai pas dit, sans regarder à la dépense, ils m’ont offert un Blu-ray ! Beaucoup de Ford, Welles, Kurosawa, Bergman ne sont pas sortis en Blu-ray, mais « Cobra », si ! Et « Over the top », « Assassins », « L’expert », « Tango et Cash », « D-tox »,… itou !

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“Over the top” en Blu-ray ! Mais où va-t-on ?

J’ai partant revu « Cobra » qu’un peu rapidement à sa sortie en 1986, j’avais classé dans ma mémoire comme l’une des pires merdes que j’avais jamais vu auparavant et que je verrai sans doute jamais. Juste à côté de « Rambo II » du même Cosmatos déféqué l’année précédente par les Laurel et Hardy du décérébrage musclé.

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Eh ben vous savez quoi : je n’ai pas été déçu.

Un basané entre dans un supermarché et commence à tirer sur tout ce qui bouge alors à l’extérieur, la police est démunie et bien qu’on comprenne qu’il réprouve ses méthodes, le capitaine dit alors « Call the cobra ! ». Une oldtimer Mercury arrive – avec plaque d’immatriculation « Awsom »  - et Sly en sort, ray-ban entre les yeux et allumette sur les dents. « You’re a desease and I’m the cure » qu’i dit au portos avant de le fumer. Cinq minutes plus tard, il agresse des mexicains parce qu’ils se sont garés sur sa place de parking et le film se poursuit avec des méchants improbables aimant à faire cliqueter des haches entre elles (?!), un clip vidéo avec Brigitte Nielsen et des robots (?!), des poursuites en voiture sans originalité, un fort Alamo assiégé par des dizaines de motards que le policier Sly fait sauter à la grenade (?!), une épique bataille finale sarkozyienne où le méchant finit pendu à un croc de boucher* et un lever de soleil sur la route où la moto de Nielsen et Stallone se rend vraisemblablement vers le prochain salon de bronzage où on deale des stéroïdes.

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Bon, je ne dis pas que Pan Cosmatos n’a aucun talent de cinéaste mais pour faire un bon polar, il faut de l’humanité (Howard Hawks, John Ford, William Wellmann, Orson Welles,…) ou une réflexion sur l’humanité (Fritz Lang, Don Siegel, Michael Cimino,…), ou de la virtuosité de cinéastes de la noirceur (Brian de Palma, Martin Scorsese, William Friedkin,…), mais là, Cosmatos atteint le bas du bas. « Cobra » vous agrippe le spectateur par le fond du slip et ne le lâche plus. Ça suinte, ça sue, ça pue la peur, c’est dégueulasse à voir, mal écrit et mal filmé ; c’est du western spaghetti tel que mal digéré et chié par de soi-disant disciples du maestro Leone.
Gros plans sur couteau luisant, sur mains, sur gants noirs,… Pan Cosmatos a également bien appris sa leçon de Giallo chez Bava et Argento mais mauvais élève, n’en garde que les tics, pas l’âme. Il fut un temps où les navets italiens (tourné pour un budget 10 à 100 fois moindre que celui de « Cobra » : 25 millions de dollars en 1985!!!) avaient Ennio Morricone pour les accompagner : rien à voir pour les yeux mais un grand bonheur pour l’oreille. Chez George par contre, c’est pétarades, bruits de motos, de pick-up, de V8, de haches qui cliquettent et musique chiée au synthé par un enfant constipé et shooté à la colle.

Dans les commentaires du Blu-ray, le réalisateur se plaint du froid, de la mauvaise lumière, de l’hélicoptère,… mais n’a aucune réflexion sur le film en son entier ou la daube scénaristique qu’on lui a refourgué (Faut dire, c’est son copain Sly qui l’a écrite…). Il pense plan par plan et aligne les préjugés/préfilmés un à un, des choses qu’il a déjà vues ailleurs chez Siegel ou Eastwood et plagiate tant mal que bien. Par contre, son commentaire est plus qu’intéressant :

« J’espérais que ce film ait un oscar mais il ne l’a pas eu. Non, c’était une blague. »
« Voici un vrai club downtown L.A. »
« Ceci est un vrai garage et la musique se fait mystérieuse. »
« Regardez, voici un policier, vous aimez ses bottes ? »

Et puis soudain, une lueur de prise de conscience troue la médiocrité du propos de sa belle voix grave. L’aveu ultime : « It doesn’t make sense, but who cares, right?”

Ben, le spectateur par exemple bonhomme !

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Si c’est l’esthétique des années 80 qui vous intéressent, les polars urbains au néon/synthé et les films d’action burnés, je vous annonce ou vous rappelle que les mêmes années 85/87 voient sortir « Police fédérale Los Angeles » de William Friedkin, « Le sixième sens » de Michael Mann et « Prédator » de John Mc Tiernan, trois chefs d’œuvre que l’on peut voir et revoir inlassablement. Et c’est « Cobra » qu’on m’offre !

Je me demande si je vais pas mourir dans l’année : j’ai trop peur qu’ils m’offrent le Blu-ray 4K de « Rambo 3 » l’année prochaine !!!

Et la Gizmette ajoutera candide : « tu verras, c’est un super film ! » pendant que le Gizmo, méphistophélique en diable, sourira en coin tandis que je m’écroulerai dans les pâquerettes, terrassé par un arrêt cardiaque. Peut-être qu’en présentant la chose comme cela à mes petits-enfants, ils m’autoriseront à inviter Stolx 10, qui sait ?

* Dans les commentaires, Cosmatos avouera avoir fait le film pour cette séquence ?! Pourquoi alors l’avoir si mal éclairée et filmée, et pourquoi nous montrer le croc 5 mn avant, chaque spectateur non endormi ou déjà parti sachant que Sly va l’y empaler ?


 

 
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Commentaires

Ecrit par dieudivin le 13/04/2019 à 13:08

 

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Je ne sais pas ce que tu as fais à la famille Gizmo, mais ça devait surement être mérité smiley 33

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Ecrit par Paf le 13/04/2019 à 14:15

 

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Euh, existe-t-il quoi que ce soit de si méchant qu'on puisse faire à des amis pour qu'ils vous offrent le Blu-ray de "Cobra" en retour??? Certains disent que j'aurai égorgé leur chat mais j'ai jamais tué de chat, Dieudivin, ou alors y a longtemps, ou bien j'ai oublié,
ou il sentait pas bon.

Je tiens à préciser ici qu'il n'y avait pas de pub pour Opel Corsa dans la chronique envoyée à la rédaction. Par contre, la carrosserie de la pub "Muslim & Single" a l'air très intéressante même si tout cela m'a l'air très botoxo-siliconé. C'est dingue ces gens qui sont naturellement charmants et qui font tout pour (re)devenir jeune & jolie.

Prenez Stallone par exemple, plus ça va, plus il ressemble à Meg Ryan. Bientôt, vous verrez, il fera son coming out en nous déclarant vouloir épouser Dennis Quaid ou Tom Hanks!

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Ecrit par dieudivin le 13/04/2019 à 14:55

 

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Paf
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Ecrit par 10r le 15/04/2019 à 14:38

 

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Ecrit par 10r le 15/04/2019 à 14:39

 

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tiens je vais aller prendre une teletubbies pour les 40 ans d'un pote.

mais nous on lui fera un vrai cadeau après... deux semaines.smiley 18

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