L'Edito du dimanche

 

Publié le Dimanche 8 mars 2020 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du dimanche

La fin du monde approche !

Alors comme ça, on va tous mourir dans d’atroces souffrances à base de bouffées délirantes dues à la fièvre et de glaviots crachés en toussant comme un damné dans une chambre d’hôpital, entouré de types en tenues de cosmonautes ?
Enfin, quand je dis « on va tous mourir », je pense surtout à vous. Parce que moi, j’m’en fous, j’suis immortel. Avec tous les excès que je fais et tous les trucs bizarres que j’envoie dans le gosier, ça se saurait si j’étais vulnérable à un rhume transmis par le pangolin. Encore, si ça venait d’un lion, d’un ours, d’un guépard ou encore d’un dragon de Komodo, j’dis pas. Mais un pangolin. Faut pas déconner.
Autant vous dire, donc, que votre longue agonie me laisse relativement de marbre. Pire, l’idée même d’un monde dévasté par la maladie où ne subsistent que quelques survivants qui se battent pour quelques gorgées d’eau et quelques morceaux de viande me séduit plutôt.

De toute manière, j’ai tout vu Mad Max et j’ai tout lu Rahan. Alors moi, la survie en nature, j’suis blindé. Je serais capable de tuer un T-Rex avec une lance en métal une nuit d’orage. Je sais comment faire, maintenant. Bien entendu, évoquer Rahan cette semaine n’est pas anodin, puisque son dessinateur, André Chéret, nous a quitté. Le fils de Craô ayant bercé mon enfance, cette triste nouvelle valait bien un petit au revoir ému.

Mais revenons à nos moutons. Nos moutons fiévreux et atteints de délires paranoïaques.

Le Coronavirus est sur toutes les langues actuellement. Euh… l’expression est peut-être mal choisie, cela dit. Pas la peine de regarder votre voisin avec un air inquiet ou de partir courir vous passer la bouche à l’eau de javel. C’est une image.
Sur les réseaux sociaux circulent des images de rayons de supermarchés vides, ravagés par les clients soucieux de faire des provisions. Plus de pâtes, plus de riz, plus de papier toilette.
J’avoue avoir quand même de gros doutes sur la véracité de ces informations. Les deux derniers supermarchés dans lesquels je suis allé n’avaient aucun problème de ce genre. Alors à moins que les gens de ma région soient moins cons que les autres, et franchement, ça m’étonnerait quand même beaucoup, permettez que je m’interroge sur ces soi-disant pénuries.
Les rayons de papier toilettes étaient pleins, les rayons de riz également, et si j’ai personnellement acheté deux paquets de pâtes, c’est simplement que le second était à -68%. Sans compter que mes racines italiennes m’imposent d’en manger une à deux fois par semaine. Je n’y peux rien, c’est écrit dans les gènes. Donc j’achète chaque semaine mon petit paquet de Penne. Ce qui permet chaque semaine de faire cette vanne bien lourde à ma famille, en leur servant une double dose de pâtes. Comme ça, ça fait « double penne ».
Bref, pas de pénurie dans les supermarchés de ma région et je vais pouvoir abandonner l’idée, un instant évoquée, de devoir m’essuyer avec les rideaux en cas de manque de papier toilette. Cela dit, ma femme n’était pas spécialement pour. Mais ça ne m’étonne pas, elle est nulle en survie. Elle n’a jamais essayé de se faire un collier de griffes avec les chats du quartier, elle.

Cela dit, je ne dis pas qu’il n’y a pas de comportement à la limite de l’hystérie. Hier matin, en faisant mes courses, j’ai eu le malheur de tousser alors que j’étais dans la queue, chez le maraîcher. Une seule toux, simplement due au fait que j’ai avalé ma salive de travers. Ça arrive. Surtout à mon âge et à mon niveau de décrépitude. La petite vieille qui était devant moi s’est retournée brutalement et m’a regardé comme si je venais de l’empoisonner. Un regard d’une violence et d’une haine comme on n’en voit plus que dans les réunions Weight Watchers, alors qu’il ne reste qu’un seul cookie dans l’assiette.
Du coup, gentiment, j’ai expliqué à cette brave dame qu’elle ne risquait rien, que je revenais certes d’Italie, mais que c’est bon, j’avais fait mes 10 jours de quarantaine et que je venais d’en sortir le matin même.

Je sais, on parle de 14 à 15 jours de quarantaine. Mais justement, on peut rire un peu, nan ?

Cela dit, c’est vrai que je tousse un peu. C’est le problème d’être un hélicobiteur compulsif. On a vite fait, en hiver, d’attraper froid par la teub. Et cet après-midi, je prends les transports en commun. Ça va être drôle. Je vais peut-être rajouter des étiquettes collées sur ma valise, du genre « Venise, Milan, Wuhan ». Je serai sûr d’avoir des places de libre dans le métro, avec ça…

 

 
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Commentaires

Ecrit par Mikis le 09/03/2020 à 10:07

 

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Inscrit le 21/12/2011

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« Venise, Milan, Wuhan ».
Un "from Beauvais International Airport" serait un petit plus fort appréciable !

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