L'Edito du Dimanche

 

Publié le Dimanche 15 novembre 2020 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du Dimanche

Une semaine exceptionnelle

Il m’est arrivé des choses trépidantes cette semaine. Une semaine sous le signe de l’incroyable, de l’aventure et de l’inattendu. Oui, je sais, vous vous enterrez dans votre petite vie morne et lassante, tandis que ma vie, elle, est faite d’évènements fantastiques. C’est injuste. Mais je n’y peux rien. Je suis né sous une bonne étoile. Et vous, tout juste une bougie. Il ne faut pas en être déçu ou aigri. Ni m’en vouloir. Ni vous en vouloir. Personne n’y est pour rien. C’est juste… le destin.

Lundi

imageCe midi, j’ai décidé de faire des pâtes. Mais à peine ai-je déposé les pâtes sèches dans l’eau bouillante que celle-ci s’est mise à déborder. N’écoutant que mon courage, je me suis jeté sur le bouton de la cuisinière pour baisser l’intensité du feu. Dans un timing extraordinaire, j’ai réussi un geste parfait. L’écume s’est soulevée comme un soufflé au-dessus de la casserole et est retombée mollement, sans qu’aucune goutte ne s’en échappe. Sublime.

En dessert, j’ai pris un yaourt. Quand le pot m’a échappé des mains, un flash m’a traversé l’esprit, à base de pot explosé sur le sol, de yaourt répandu sur les murs, sur mes pieds, sur mon pantalon et moi, tombant à genoux, effondré, abattu par la vie, cette pute, qui vous frappe durement à la moindre occasion. Mais dans un réflexe qui frise l’indécence et que n’importe quel athlète fraîchement dopé n’aurait pas renié, j’ai rattrapé le pot avant même qu’il ne touche le sol. Exceptionnel.

Mardi

imageTrahison. Trahison d’une violence incomparable. Insoutenable. Trahi par les miens. Par mes proches. Par ma famille. Cette famille à laquelle je me dévoue pourtant corps et âme. Bon, ma femme parlerait plutôt d’un dévouement demi-corps et demi-âme. Bon, mes filles parleraient plutôt d’un dévouement un dixième-corps et un dixième-âme. Mais peu importe la quantité. Le mot à retenir est dévouement. Et ce dévouement a été bafoué. Traîné dans la boue. Trahi. Par un membre de ma famille dont je ne connais même pas le nom, mais qui a oublié de remettre du papier toilette.
Me voilà donc, assis, seul, avec juste mes yeux pour pleurer et… euh… mes mains pour m’essuyer.

Heureusement, j’avais sur moi mon tee-shirt. A la guerre comme à la guerre.
Ma femme m’a quand même demandé pourquoi je n’ai appelé personne pour qu’on m’apporte du papier toilette, vu qu’on est tous à la maison. Oui, ben désolé, je n’ai pas son intelligence, je ne peux pas penser à tout non plus.

Mercredi

J’ai cuisiné du poulet. Avec du riz et des petits légumes. C’était vachement bon.


Jeudi

Je ne sais pas pourquoi, mais une phrase tirée du film culte « Et la tendresse, bordel », m’est revenue tout à coup en mémoire : « tu seras un homme quand tu sauras sauter à pieds joints dans ton slip ». J’ai passé une bonne heure à essayer. Il faut dire qu’un homme de mon âge et avec mon historique alcoolique n’a plus la souplesse pour de telles prouesses. Mais j’ai réussi. J’ai pété une lampe, défoncé la porte du placard et me suis ruiné le genou sur le parquet, mais j’ai réussi.

Du coup, ma fille aînée m’a demandé pourquoi je me promenais en slip toute la journée. Elle n’a pas compris ma réponse à base de « mission réussie » et donc, que « j’exposais mon trophée ».

Ma femme n’a pas compris non plus. Pas plus que ses collègues en visio-conférence.

Peu m’importe. Ce n’est pas la première fois qu’un grand homme est incompris.


Vendredi

imageJe suis allé faire des courses rapides pour acheter de quoi faire un gâteau à mes filles, gâteau que je leur avais promis après avoir perdu une partie intense et particulièrement disputée de chifoumi.
Manque de bol, en revenant, je me suis aperçu que j’avais oublié les œufs. Bon, pas de regret parce que j’avais aussi oublié la farine. Et le sucre. Et la levure. Mais par contre, y’avait une promo sur un de mes whiskys préférés, alors j’en ai pris deux bouteilles. Et puis j’ai pris des apéricubes, aussi. Et des chips au vinaigre, parce que ça se marie bien avec le whisky. Et j’ai acheté un paquet de vis. Je n’en ai pas besoin, mais je me suis dit qu’on ne sait jamais, ça peut servir un jour.

Ma femme est repartie faire les courses.

Samedi

J’ai super mal dormi, alors j’ai fait une sieste.

Dimanche

Bon sang, je ne sais pas quoi raconter dans mon édito. « T’as qu’à leur raconter ton confinement » m’a suggéré ma femme. « Mais il ne se passe rien durant le confinement ! » ai-je répondu. « Justement, ne leur raconte rien alors » a-t-elle dit.

Ab absurdo.

 

 
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