L'Edito du Dimanche

 

Publié le Dimanche 16 avril 2023 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du Dimanche

L'édit de piaf

imageJe ne me souviens plus si je vous en ai déjà parlé – mon Alzheimer précoce, sans doute – mais je hais le printemps. Et je vous rassure, je peux tenir ce discours jusqu’à l’été, j’ai encore plein de raisons de haïr le printemps en stock.

Bon, alors je suis d’accord. Le printemps, c’est la nature qui s’éveille. Et quand je parle de la nature, c’est la Nature avec un grand N. Pas seulement les arbres, les fleurs, le pollen qui fait gonfler et pleurer les yeux. C’est aussi la faune qui opère sa renaissance. Les coqs montent les poules, les chiennes montent les chiennes, mon voisin monte ma voisine, les chats montent les chattes, les étalons montent les juments, enfin bref, vous avez compris l’idée. Il n’y a finalement que les bœufs qui, eux, ne peuvent plus monter que la colline.

On sent comme un petit parfum guilleret au milieu de tout ce beau monde qui s’ébat. Mieux encore : les ch’tis zoziaux se remettent à donner du poumon pour attirer les ch’tites zoziottes. Et faire plein de ch’tis noeunoeufs d’où sortiront des ch’tis zozillons.

imageEt l’on entend le Pinson des arbres pinsonner pour attirer sa pinsone, le Serin seriner sa sérénade, la mésange mésanger, le moineau moinoner, la grive griver, le merle merler et le rouge-gorge rouge-gorger. Par chez moi, on entend même le héron héronner avec son grand bec, tout content d’aller choper les poissons dans le bassin de mon voisin. Bref, ça appelle la femelle à grands renforts de chants mélodieux qui ravissent les oreilles du promeneur s’égayant par les chemins durant sa promenade bucolique du printemps retrouvé. Youkaïdi Youkaïda, si en avril, faut pas se découvrir d’un fil, ça me donnerait presque envie d’aller m’ébattre moi aussi à poil dans les champs.

Mouais. Tu parles. Je t’en foutrais des zozios qui piaillent, en fait. Je hais le printemps, je vous dis.

imageParce que le printemps, c’est le soleil qui se lève de plus en plus tôt. Aujourd’hui même, dans mon secteur, il s’est levé à exactement 7h, selon Météo France. Et le piaf, il n’a pas de montre. Et même s’il en avait une sur ses petites pattes rachitiques, ça ne lui servirait à rien puisqu’il ne sait pas lire l’heure. Il ne va même pas attendre que le soleil sorte un rayon de son terrier. Le piaf, c’est dès 6h qu’il va se mettre à entonner sa sérénade dans l’espoir de niquer au petit matin. Plus vite il fait son affaire, plus il aura le temps d’aller chercher de quoi grailler le reste de la journée et aussi d’aller raconter ça aux copains devant une bonne bière. Ou une bonne graine. Je ne juge pas.
Déjà qu’en semaine, je ne me lève pas à 6h, mais le week-end, je prends carrément ça comme une déclaration de guerre. Et ne me répondez pas que « t’as qu’à aller habiter en ville ». En ville, je vous rappelle que les pigeons pigeonnent. Et se taper leurs roucoulades dès l’aube, ça m’insupporterait presque autant que de devoir supporter des citadins toute l’année.

imageEn soi, le doux bercement des chants d’oiseaux n’est pas désagréable et pourrait bercer la fin de ma nuit, si toute une tripotée n’avait pas décidé de s’installer pile sous ma fenêtre. Et l’endroit semble tellement à la mode que parfois, ils se battent pour y siéger. Déjà que des oiseaux qui piaillent dès l’aube à moins d’un mètre de moi, ça me met les nerfs en pelote, mais quand en plus ils se tartent les plumes, c’est le summum de l’éclatement de tympans.

Pour résoudre le problème, j’ai bien pensé à mettre des pièges. Genre avec le poids du piaf, ça déclenche une herse qui vient l’empaler. Mais bon. C’est à usage unique. Ou du moins, faut le réarmer à chaque fois. J’ai aussi pensé à la glue. Et puis j’aurais laissé les cadavres sur le rebord de la fenêtre pour l’exemple. Et puis avec un peu de chance, le chat des voisins va prendre ça pour un buffet gratuit et va s’engluer aussi… Mais ma chère, tendre et aimante épouse a refusé tout net sous prétexte que tomber sur des cadavres d’animaux quand on ouvre ses volets au petit matin, ce n’est pas agréable. Franchement, je pense que c’est surtout une affaire de goût.

J’ai aussi testé l’enceinte Bluetooth dans le nid pour balancer du gros son toute la nuit. Epuisé, le piaf dormirait jusqu’à midi et ne viendrait donc plus me casser les esgourdes au petit matin. Malin, hein. Sauf qu’il faut encore trouver le nid et espérer qu’il soit à moins de 20 mètres de hauteur parce que niveau escalade de feuillus, j’suis un peu limité.

imageY’aurait bien l’option épouvantail. Mais d’une part, sur le rebord de la fenêtre, ça aurait du mal à tenir et d’autre part, c’est un coup à se mettre à chanter « Over the rainbow » avant de sautiller comme un gland affublé d’un entonnoir sur la tête. Et si t’as pas la ref, tant pis pour toi.

Sans compter que, depuis que ma chère, tendre et aimante épouse m’a confisqué mon lance-pierres sous prétexte qu’on habite le quartier où il y a le plus de chats borgnes de toute la région, voire de toute la France, je me trouve quand même vachement démuni.

Le problème, c’est que moins je dors, plus j’suis irritable.

Enfin, plus que d’habitude, quoi.

Je hais le printemps, je vous dis.

 

 
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