Les Elus, roman d’urban-fantasy

 

Publié le Vendredi 25 mars 2022 à 12:00:00 par Julia Bourdin

 

Les Elus, roman d'urban-fantasy : Avis

Quand Umbrella Academy rencontre les isekais

Avant toute chose, il faut savoir que ce livre est resté très longtemps sur la pile avec les autres. Et pendant longtemps, j’ai pris grand soin à l’esquiver préférant plutôt me consacrer à mes lectures personnelles. Et puis, un beau jour, j’ai pris sur moi et je l’ai empoigné. Pour ma défense, j’avais découvert à sa réception, marqué en gros sur la couverture, qu’il avait été écrit par « l’auteure du best-seller Divergente », aka Veronica Roth… Je n’ai rien contre elle mais ceux qui ont lu ou vu Divergente peuvent concevoir mes inquiétudes. C’est donc avec de gros aprioris que j’ai ouvert Les Elus…

Il y a dix ans, les Elus ont sacrifié leur jeunesse pour sauver le monde et vaincre l’Obscur. Désormais, tout juste trentenaires, les cinq amis profitent de leur célébrité et participent aux festivités qui marquent une décennie de paix. Tous semblent apprécier la tranquillité retrouvée de cette vie et avoir remisé les années sombres dans les limbes de leur mémoire, comme le reste du monde. Tous sauf Sloane, hantée par le souvenir de leur ennemi et encombrée par sa notoriété. Lorsque d’étranges phénomènes se produisent, les Elus sont une fois de plus sollicités par l’Etat. Mais Sloane, qui est convaincue du retour de l’Obscur, acceptera-t-elle de le combattre à nouveau ?


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Après un bref résumé des horreurs commises par l’Obscur, âmes sensibles s’abstenir, vraiment, le roman s’ouvre sur l’extrait d’un article de journal et plus précisément d’une interview de Sloane par un journaliste people. Et il donne le ton tout de suite le premier paragraphe étant « Je n’aime pas Sloane Andrews. Ce qui ne veut pas dire que je refuserais de me la taper. » Une petite touche de misogynie grinçante et de journalisme biaisé pour commencer, ça fait toujours plaisir. Clairement, il va plus falloir vous attendre à un contenu type Umbrella Academy que Spider-Man : Homecoming.

En vérité, je médis un peu et j’aime bien le fait qu’il y ait des notes ou des extraits de livres ou journaux fictifs dans les romans. Ça donne beaucoup de contexte et d’immersion au bouquin, en marquant une rupture du rythme ou de l’action parfois bienvenue. Cependant, il faut reconnaitre, surtout dans la deuxième partie du roman (il est divisé en trois parties que nous aborderont un peu plus tard), que parfois on s’en fout. L’article sur l’état du marché de l’artéfact magique dans un monde parallèle, bah je m’en fiche. Je vous assure qu’il y a un article dessus.

Bref, comme vous avez pu le remarquer, certaines personnes et en réalité pas mal de monde n’ont pas beaucoup d’affection pour notre héroïne… Il faut dire qu’elle est méfiante, sarcastique, parfois franchement désagréable même avec ses proches.
Ses proches, parlons-en, le reste des Elus. Albie, son meilleur ami, est un ex-drogué plutôt sympa mais toujours flippé par ce qui leur est arrivés ayant été torturé par l’Obscur… Plutôt compréhensible. Esther est ce genre d’instagrammeuse insupportable qui photographie chacun de ses plats pendant vos sorties entre amies et partage sa morning routine à qui veut l’entendre pour oublier que sa mère est en phase terminale d’un cancer. Bref, triste mais je n’arrive pas à l’apprécier pleinement. Mais le pire d’entre tous c’est Matt, le mec de Sloane, l’Elu parmi les Elus, le sourire Colgate. Le mec est parfait à tel point que s’en est une tête à claques, il a toujours le mot gentil, bien attentionné, adulé de tous, qui voit toujours le bien dans les gens malgré les injures racistes qu’il subit à longueur de journée. Sauf que concernant Sloane, s’il voit que le bien c’est parce qu’il se met des œillères grosses comme l’Empire State Building et qu’il refuse d’admettre que sa copine va mal au-delà du réparable. Vous savez c’est un peu ce genre de personnes qui lorsque vous lui dites que vous êtes dépressif vous demande si vous avez essayer de ne pas être triste. Enfin Inès, la dernière, est si absente du récit que je serais incapable de vous dire quoi que ce soit sur elle…

En résumé, la plupart des personnages sont bourrés de défauts à la limite de l’insupportable mais ça les rend humain et ça nous invite à essayer de comprendre pourquoi ils sont comme ça, ce qu’ils ont vécu et fondamentalement cela les rend attachants. Même Matt, vaguement, mais ça tient de l’exploit quand même. Même si jusqu’à la troisième partie j’ai eu pas mal de difficulté à apprécier Sloane qui reste froide, méfiante, solitaire et passe son temps à repousser les autres. Mais bon, après tout, elle souffre d’un sacré syndrome de stress post-traumatique… Et donc je m’attendais à un récit qui va dans l’idée, comme le laisse supposer le résumé, d’une nouvelle aventure, dans les pas de la précédente qui va forcer le groupe, enfin ce qu’il en reste, à sortir de la retraite et à affronter leurs problèmes et les non-dits…
Mais là, c’est le drame, rien de ce que j’avais anticipé ne va se dérouler comme prévu. Nous sommes environ à la page 170, le récit est donc bien implanté, fin de la première partie, tout va bien. Enfin tout le monde est dépressif et a des gros problèmes dans sa vie, mais le récit, lui, va bien. Quand soudain, au détour d’une rivière, Sloane, Matt et Esther sont transportés sur une Terre parallèle. Oui, mesdames et messieurs, sur une Terre parallèle nommée Genestrix et sur laquelle la magie s’est vulgarisée et est utilisée par tous quotidiennement. Oui, d’une page à l’autre nous sommes passés du drame sentimental et psychologique à un univers magic-punk parallèle. Sans aucun préavis. Le lien ? Leur Elu à eux est supposé mort et ils sont obligés d’affronter le Résurrectioniste, qui semble être leur Obscur à eux, sans quoi la Terre et Genestrix vont rentrer en collision et ça va être la fin du monde !

Franchement, j’ai failli lâcher là. J’ai failli fermer le bouquin, écrire un petit truc, coller un 4 et ne jamais rouvrir le livre.
Vous me direz, oui mais l’imprévisible a du bon… C’est vrai mais en même trop d’imprévisible peut complétement tuer le récit. Là on a une rupture de ton et de thème brutale sans y être préparé. Rien ne laisse suggérer ça. Même la transition entre les deux mondes n’est pas claire et pendant plusieurs minutes je me suis demandé ce qu’il se passait. C’est à peine du niveau de l’armoire de Narnia. Surtout que le récit il n’a pas le temps ; tout le lien entre les mondes est balancé comme ça en une poignée de pages ! J’ai été complètement éjectée de l’histoire et il m’a fallu beaucoup de motivation pour m’accrocher et rattraper les wagons. Ce que la plupart des lecteurs n’aurait pas fait.

Et ça aurait été dommage car le monde parallèle est plutôt intéressant. La magie utilisée grâce à des objets catalysant la magie et au son est vraiment très intéressante. Les barrières culturelles sont agréables à explorer et la description des bâtiments donne vraiment envie de savoir à quoi il ressemble réellement dans la tête de l’auteur.
De plus à partir de là on découvre une histoire qui se déroule sans accroc majeur et qui est vraiment sympathique. Les retournements de situation sont agréables, fluides et satisfaisants même si je les ai pour la plupart vu arriver avec leurs gros sabots longtemps avant…  

Le dernier gros point, et gros bémol pour ma part, c’est le méchant. Le fameux Obscur, qui évidemment, gros spoil, n’était pas mort. D’un côté, c’est bien parce que le récit l’explique et le rationnalise ce qui fait qu’à la fin presque tout fait sens. Mais d’un autre côté, je n’ai pas été fan car l’humaniser lui fait perdre une grande partie de l’horreur qui le caractérisait. Certes, cela aide à conclure l’histoire de Sloane dont les cauchemars deviennent moins menaçant et acceptables mais cela retire à mon sens une grande partie de son intérêt de fléau, de monstre, inter dimensionnel. De plus, son twist final et les raisons derrière ses actes sortent encore une fois vraiment de nulle part et ne sont vraiment pas intéressantes je trouve. Je vais vous les partager alors si vous voulez lire les Elus, sautez au paragraphe final. Le méchant est un immortel qui a crée des plans sur des siècles afin de mourir et pour ça il cherche un bidule magique possédé par l’héroïne alors qu’il aurait peut-être simplement pu demander au lieu d’exterminer des populations. Bref, je n’ai pas tout compris non plus.  Ah et il y a des histoires de trous de vers à travers l’espace-temps aussi…


En conclusion, c’était pas mal. Il y a beaucoup d’éléments intéressants dans la construction de l’univers et dans la façon dont les pièces du puzzle s’assemblent. Une fois réellement lancé, le récit est sympa et beaucoup plus fluide à lire que le début malgré les personnages un peu rasoir et un méchant très décevant. Cependant les ruptures entre les différentes étapes de l’histoire notamment lors du passage entre les mondes sont vraiment abruptes et le récit ne t’y prépare pas. Même le résumé ne transmet pas bien du tout ce à quoi les lecteurs doivent s’attendre et ça, c’est un énorme défaut. C’est bien mais ce n’est pas du tout ce à quoi je pouvais m’attendre.  

 

 
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Les Elus, roman d’urban-fantasy

Plateformes :

Editeur : Pocket

Développeur : Veronica Roth

PEGI : 12+

Prix : 9,50 € en poche

Les Elus, roman d’urban-fantasy

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