L'Edito du dimanche

 

Publié le Dimanche 14 avril 2019 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du dimanche

Vita putam est, cotidie connum facite

imageVous voilà donc père d’une adolescente confirmée et d’une en devenir. La bouille ronde adorable des petites filles qui courent vers vous en criant « papa je t’aime » avant de se blottir dans vos bras a laissé place à l’indifférence, voire du malaise, en raison d’un fossé générationnel qui ne pourra jamais plus se combler.

Pire, je prends de plein fouet le retour de mes enseignements à base d’indépendance iconoclaste, d’irrespect des institutions et de liberté d’expression, devenant victime de mes propres valeurs, arroseur arrosé de mes propres préceptes.

Je vois bien la gêne dans les yeux de mes enfants quand je me bidonne seul après un bon mot ou une vanne bien sentie*.

imageMais voilà. Vous avez mis les mains dans le cambouis radioactif qu’elles larguaient dans leurs couches. Vous avez soigné leurs bobos en ayant des mots tendres et réconfortants. Vous avez épongé leurs gerbes gastroentéritiques nocturnes sans défaillir. Vous avez aidé avec dégoût quotidien leurs devoirs scolaires. Pour derrière, ne plus être le rocher de leur existence. La figure emblématique et exemplaire. Le phare dans la nuit de leur existence. La référence ultime en matière de mâle alpha. Et être remplacé par un insignifiant minet androgyne d’une série à la con ou un abruti de brailleur nourri à l’autotune, être relégué au rang des has-been ringards qu’il faut cacher à tout prix à ses copains et copines, parce que « les parents, c’est quand même un peu la honte ».

On récolte ce que l’on sème, je sais. Mais quand même. Ça fait mal. « Fatum crevardus est quod vita putam est », comme disait un génial philosophe dans un de ses incontournables éditos du dimanche.

Mais non ma fille. Ton père n’est pas fini. Ton père n’est pas encore à ranger dans le panier des petits vieux croulants dont la constipation intellectuelle n’a d’égale que leur incontinence physique.

Laisse-moi venir te chercher à l’école habillé à la mode de maintenant, en pantalon retroussé, petites chaussettes et te crier des « Zoé, je t’aime ! » sans aucune pudeur parce qu’il faut crier son amour à ses enfants tellement ce sont des sentiments purs et beaux. Laisse-moi venir t’attendre à la sortie des cours en voiture, les vitres baissées et du Dadju à fond dans les baffles pendant que je chanterai à tue-tête ces refrains d’aujourd’hui. Laisse-moi m’inviter dans ton groupe Instagram ou Whatsapp pour t’abreuver à mon tour de photos de mon quotidien « oh, tu likes ma tasse à café ? » « oh, t’as vu, je partage trop lol la photo de ma chaussette trouée » « oh, vas-y, quand je crache mon dentifrice, ça fait un dessin de lapin, mdr », autrement dit, des moments à l’importance tellement capitale qu’il faut les partager avec la terre entière. Et promis, je serrerai des dents à m’en faire péter l’émail mais ne relèverai pas les viols de conjugaison, de grammaire et d’orthographe que ta génération inflige à chaque phrase.

imageEt quand je serai trop vieux, que tu me considèreras comme définitivement périmé, promis, je partirai en maison de retraite. Ce sera à ton tour, alors, de mettre les mains dans le cambouis radioactif que je larguerai dans mes couches. C’est toi qui seras convoquée par la direction. « Ecoutez, madame, ce n’est plus possible, on ne va pas pouvoir le garder chez nous. Ça fait huit fois qu’il fait l’hélicobite devant les petites grands-mères dans le réfectoire à l’heure des repas, ce mois-ci. Et nous ne sommes que le 6. Hier aussi, il a roulé sur les parterres de fleurs en chaise roulante en hurlant "Punk’s not dead fuck the future", torse-nu, en agitant son t-shirt Sex Pistols qu’il refuse de laver depuis douze semaines. Et quand un infirmier a voulu le sermonner, il lui a jeté sa couche pleine d’excréments. Vu qu’il ne se nourrit que de whisky et de patates, je vous laisse imaginer la consistance et l’odeur. »

Et quand enfin, je sentirai ma dernière heure venir, j’en finirai dans un grand feu d’artifice. Genre foutre des sacs à dos partout dans un terminal d’aéroport et franchir les portiques en hurlant « Allahou akbar ! ». Un jour de grands départs en vacances si possible, pour faire chier un maximum de gens.

Vivre avec panache, mourir avec panache.

Mais nous n’en sommes pas là, mon amour. Et j’ai encore de belles années devant moi.

Pour te pourrir la vie et te foutre la honte comme il se doit. Viens, tu vas voir, on va se marrer. Enfin, moi, du moins, je vais me marrer à en pleurer.

Vita putam est, cotidie connum facite.



*La même gêne qu’il y a dans le regard de leur mère, cela dit. Pour le coup, ce n’est peut-être pas un problème de génération.

 

 
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Commentaires

Ecrit par Papa Panda le 14/04/2019 à 12:58

 

1

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Belle édito.

Pareil pour la mienne.. ..ahh.

Je vais aimé le jour où je viendrai en queer la chercher au lycée ou la fac....
L'avantage d'être un père.

1402 Commentaires de news

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2

Ecrit par dieudivin le 19/04/2019 à 13:15

 

3

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Inscrit le 18/03/2011

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