Beyond : Two Souls (PS3)

 

Publié le Mardi 8 octobre 2013 à 17:00:00 par Cedric Gasperini

 

Test Beyond : Two Souls (PS3)

A l'est d'Aiden

image3 ans après l’exceptionnel Heavy Rain, le studio français Quantic Dream mené d’une main de maître par David Cage, nous livre son nouveau jeu vidéo. Jeu vidéo ou film interactif ? Déjà, Heavy Rain gommait la frontière entre les deux.
Pour le coup, Quantic Dream a encore voulu effacer les différences puisque pour incarner les personnages principaux de Beyond Two Souls, David Cage s’est offert les services de deux stars Hollywoodienne. Ellen Page est Jodie Holmes. Une jeune fille dotée de pouvoirs surnaturels. Willem Dafaoe est Nathan Dawkins, un scientifique qui va tenter de la comprendre, et de la canaliser.

Toute l’histoire de Beyond est déstructurée. Comprenez par-là qu’elle vous sera narrée dans un ordre non-chronologique. De sa plus jeune enfance à l’âge adulte, en passant par son adolescence, vous allez suivre les moments clefs de l’existence de Jodie. Si à première vue, les évènements s’enchainent sans ordre précis, sachez que cela obéit toutefois à une certaine logique, qui vous dévoilera au fur et à mesure les faits, leurs origines et leurs conséquences.

Jodie n’est pas une jeune femme comme les autres. Depuis sa naissance, elle est liée à une entité invisible qui répond au nom d’Aiden. Une sorte d’esprit qu’elle est capable de projeter hors d’elle et qui pourra alors agir sur l’extérieur. Ses pouvoirs sont limités, mais redoutables : envoyer valser des objets, étouffer des personnes ou même en prendre possession pour un temps. Il peut aussi remonter les souvenirs liés à une personne défunte ou à un objet.
Seul petit souci (ou pas selon les faits), Aiden a une attitude extrêmement protectrice envers Jodie. Il n’hésitera donc pas à se manifester quand elle court un danger. Ou qu’il croit qu’elle court un danger… ce qui peut amener à des situations problématiques. Il pourra même se montrer extrêmement jaloux lorsque Jodie tente de flirter avec son petit ami.

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screenBeyond Two Souls est un jeu intuitif. Pour bien comprendre cet aspect, parlons du gameplay. Pour faire appel à Aïden, il suffit d’appuyer sur le triangle de la manette. Vous dirigez alors l’esprit et pouvez passer à travers le sol, le plafond, les murs… tout en sachant qu’il ne faut pas vous éloigner trop de Jodie pour ne pas rompre le lien.
Un point bleu s’affiche sur chaque objet ou personnage avec lequel vous pouvez interagir. Faire bouger un objet pour distraire un garde, appuyer sur un bouton pour ouvrir une porte… les possibilités sont multiples. Et pratiques aussi quand il s’agit d’aller jeter un œil dans la salle suivante si un danger vous guette. Pour interagir, on presse la touche L1 de la manette et on bouge alors les deux sticks selon l’action voulue : de bas en haut pour propulser un objet, en les écartant pour prendre possession d’un corps, ou en les rapprochant pour étouffer un ennemi.
Le déplacement de Jodie est plus simple : le stick gauche pour bouger, le stick droit pour interagir. Il suffit de faire bouger le stick droit vers le point blanc qui marque une action possible. A vous de le faire ou non ! Par exemple, lorsque enfant, Jodie va voir le Docteur Dawkins pour une nouvelle scéance à étudier son pouvoir, elle peut, sur le chemin, jouer à la poupée, jouer de la guitare, allumer la télévision, ramasser un jouet… ou pas ! C’est à vous de décider.
Cette façon de faire, très proche du QTE il est vrai, reste assez intuitive et devient rapidement naturelle. On se sent vraiment libre de faire ou non les choses.

screenTout est d’ailleurs là : faire ou non, répondre ou pas. A vous de définir vos choix. Certaines de vos décisions auront une incidence à court, moyen ou long terme. Faire le mur pour aller trainer dans un bar ? Pourquoi pas. Vous pouvez ne pas réussir et vous faire attraper. Dans ce cas, pas de scène de bar, la séquence s’arrête là et on passe à la suivante. Vous réussissez à vous échapper ? Bien. Allez-vous rester dans le bar quand vous verrez que vos amis n’y sont pas ? Non ? Bien, rentrez au bercail. Vous préférez… les évènements qui en découleront auront une incidence quelques missions plus tard, sur vos relations avec d’autres personnages…

Et tout est comme ça. Certaines de vos décisions ou certains de vos actes, qui semblent parfois anodins, peuvent vous amener, quelques scènes plus loin, à des situations plus délicates, ou encore vous faciliter la vie. Vous aurez aussi parfois l’impression d’être passé à côté de quelque chose. Parfois non. Parfois vous aurez l’impression d’avoir découvert un truc que peu de personnes auront découvert. Parfois vous serez fier de vos choix. Parfois non… C’est à vous de décider ce que vous voulez faire de Jodie et Aiden. Aiden sera-t-il violent ou compréhensif ? Jodie sera-t-elle forte ou sensible ? Vos choix auront vraiment une importance capitale et vous offriront une expérience bien différente. Autant dire que Beyond se joue, et se rejoue. Sachant que l’aventure est assez longue (une bonne quinzaine d’heures), autant vous dire que vous allez devoir retourner le jeu dans tous les sens pour en voir les… 23 fins différentes.

screenEt au fil du temps, à force de choix et d’actions, vous allez vous approprier le personnage, plonger dans son univers. Et bien entendu, vous y attacher. A tel point que – du moins ça m’est arrivé – vous risquez peut-être même de prendre des décisions que vous n’auriez, en théorie, pas pris dans la vie de tous les jours, ou qui vont même contre votre morale ou vos convictions.
Et c’est aussi en ça que Beyond est un jeu génial : il vous remue et vous met face à de nombreuses conséquences liées à vos choix.

screenIl y a quand même quelques petites choses à dire sur Beyond.
Déjà, oui, c’est un chef d’œuvre. Même s’il est loin d’en avoir la force narrative et l’intensité, il est plus abouti, plus complet que Heavy Rain.
Ensuite, Ellen Page est formidable. Exceptionnelle. Elle tient littéralement le jeu sur ses épaules, étant à quasiment chaque image du début à la fin. Merveilleuse, jouant sublimement bien, elle méritait un oscar pour sa performance. Elle rayonne et fait de Beyond une œuvre monumentale uniquement grâce à son jeu d’acteur. Vous aussi, vous allez tomber amoureux. Obligé.
Plus discret, même s’il est tout de même dans nombre de scènes, Willem Dafaoe est tout aussi bon. C’est un grand acteur, et il n’y a pas grand-chose à rajouter.
Le génie de David Cage a été de retranscrire ce jeu d’acteur dans ses personnages. Visages expressifs, synchronisation labiale de qualité (même en français)…

screenMalgré tout, le jeu reste un peu faiblard techniquement. Certaines animations sont un peu raides. Les caméras se barrent parfois dans des angles qui gênent votre déplacement. Certaines textures ne sont pas très heureuses. Et les scènes d’action sont épouvantables. Les combats sont fouillis, loin d’être clairs, quant au pilotage de moto ou à la séquence équitation, on se croirait dans un mauvais jeu des années 80 (quant au gameplay, hein, on ne parle bien évidemment pas du graphisme).
Il y a du génie, donc, malheureusement soutenu par une équipe pas forcément aussi talentueuse qu’il aurait fallu.
Malheureusement, ces problèmes sont récurrents et gâchent parfois pleinement l’immersion.

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screenDe la même manière, Beyond est un jeu intuitif. Il faut réagir à l’instinct. Totalement. Ne pas se poser de question. Ne pas chercher à sortir des sentiers battus. Pour vivre pleinement et intensément l’histoire, laissez-vous guider par le jeu. Ne tentez pas de le maîtriser, mais laissez-vous envelopper par l’histoire et par la manière de jouer. Car si par malheur vous décidez de le dompter (passer par un endroit non prévu à cet effet, faire une action bizarre, voir ce que ça donne quand on fonce dans un arbre avec un cheval…), vous vous rendrez vite compte des limitations techniques du jeu et du carcan dans lequel il enferme l’histoire.

Cela nous amène donc à la conclusion que Beyond n’est plus vraiment un jeu, mais véritablement un film interactif. Et c’est ainsi qu’il faut le prendre. Une fois que vous avez réussi à comprendre ça, et à ne pas lutter contre, vous plongerez dans un véritable chef d’œuvre comme on n’en voit trop rarement dans le jeu vidéo, et trop rarement aussi au cinéma.

screenAlors certes, toutes les séquences n’ont pas la même intensité. Ni le même intérêt. Mais pris dans son ensemble, Beyond est une « Masterpiece » du jeu vidéo. Un jeu de grande ampleur qui réussit, une fois de plus, à nous transporter. On lui pardonnera donc toutes ses approximations, ses faiblesses, ses erreurs, ses aberrations (putain, Ryan, on ne secoue pas une bouteille de Château Margaux 2001 comme ça, espèce de gros abruti de ricain inculte !) pour ne retenir que la performance. La performance des acteurs, certes, mais aussi du joueur qui donne vie à l’histoire, qui donne un sens à tout cela, une enveloppe au personnage. Vous avez l’impression d’être, tout simplement. Être et faire vivre. Beyond est superbe et mérite vraiment que vous outrepassiez votre aversion éventuelle pour le gameplay pour en découvrir la substantifique moelle.

Ellen, je t’aime.

David aussi. Moins, mais aussi quand même. Et Willem, également. Mais surtout, Ellen.

 

 
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Beyond : Two Souls (PS3)

Plateformes : PS3

Editeur : Sony

Développeur : Quantic Dream

PEGI : 16+

Prix : 60 €

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Beyond : Two Souls (PS3)

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