Shadow Warrior (PC)

 

Publié le Lundi 30 septembre 2013 à 12:00:00 par Alexandre Combralier

 

Test Shadow Warrior (PC)

Katana mon amour

imageSi je vous dis « 3D Realms », vous me répondrez Duke Nukem. Certes. Mais ce que l’on sait moins, c’est que le Duke avait un petit frère : Shadow Warrior. Seize ans après, et alors que l’on ne l’attendait plus, Shadow Warrior est de retour grâce au studio Flying Wild Hogs. Le principe est simple : le jeu est un FPS linéaire, et se compose d’énigmes, de longues phases de réflexion où il s’agit de réussir les puzzles d’une rare complexité, où d’ailleurs l’intellect à chaque instant se ravit… hein ? Pas crédible ? Ok.

Shadow Warrior est burné, il est bourrin, c’est de la baston, de la bonne baston, de la baston qui envoie et qui fait plaisir sans trop réfléchir. Shadow Warrior est un FPS bourrin, mais un FPS bourrin qui s’assume, et il n’y a donc absolument rien à lui reprocher sur ce plan-là. Au contraire, car il est jouissif. Bref, dans Shadow Warrior, on avance, on tue une vague d’ennemis, on avance, on ouvre des coffres pour faire le plein de munitions, on tue des monstres, on active un levier, on revient en arrière en tuant des monstres, on écoute un petit message marrant (cf plus bas), on tue des monstres et puis on tue un GROS monstre et après avoir battu le boss, on avance en tuant des monstres car il en reste toujours un peu. Et puis on finit le chapitre. Et puis on recommence.
 
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screenConcrètement, le joueur dispose de toute une série d’armes qu’il récoltera au fur et à mesure de son aventure. Toutes sont améliorables avec de l’argent trouvé un peu partout, mais toutes sont aussi un peu classiques, puisqu’on retrouve un inventaire vu et archi-revu dans le monde des FPS (le revolver, puis la mitrailleuse, puis l’arbalète, puis le fusil à pompe, puis le lance-flammes, puis le lance-roquettes…). Même les capacités spéciales de certaines armes (comme par exemple, l’arbalète lançant des bombes collantes) ne sont pas nées de la dernière pluie. L’évolution du héros est elle-même classique, selon les pierres de pouvoir ou le karma (une sorte d’XP) que vous aurez récolté à travers les niveaux. Voilà un point qui aurait été très mal vu, s’il n’y avait eu... le katana !

screenJapon oblige, Lu Wang, le héros de l’histoire, manie le katana comme Duke maniait le gros flingue, et il ne faudra guère longtemps pour que le joueur se croie lui aussi devenu un expert en charcuterie démoniaque. Le gameplay encourage l’utilisation du katana, l’arme que vous emploierez de toute façon le plus souvent (et même à distance), et que vous emploierez du reste avec plaisir. Basique en apparence avec ses deux touches d’attaque, le système de combat au corps-à-corps trouve une certaine profondeur, osons le dire, avec toute une gestion de pouvoirs et combos à effectuer avec grâce et volupté (vos touches ZQSD vont souffrir, sachez-le).

screenIl y a plein de choses qui rendent les combats de Shadow Warrior nerveux, voire jubilatoires, voire carrément Wangtastiques. D’abord, la rapidité elle-même de Lu, qui peut courir très vite ou réaliser de rapides esquives. Lu doit d’ailleurs exécuter lui-même dans l’instant la plupart de ses attaques et de ses combos, offensifs (des attaques spéciales au katana, ou bien l’étourdissement d’adversaires par exemple) comme défensifs (le soin principalement, mais pas question de remplir jusqu’au bout sa barre de vie, influence old-school oblige). Car enfin ce qui rend ces combats pêchus, c’est le nooooooombre. Vous serez évidemment en constante infériorité numérique, et pas qu’un peu. En tant que « One Man Army », Lu doit donc jongler entre petits démons qui courent partout et qui font un peu mal, et grosses bêtes infernales qui courent moins vite mais qui tapent plus fort. Deux tactiques différentes sont donc à mettre en œuvre selon votre situation, et sans qu’il soit nécessaire de jouer avec la musique de Benny Hill en fond tout le long, la plupart des affrontements, surtout dans la deuxième partie du jeu, ont un joyeux côté bordélique. On se demande toujours comment on va finir par s’en sortir… et il est vrai que l’I.A. des monstres, parfois déficiente, peut à l’occasion participer au miracle permanent.

screenLa formule, si elle est gagnante, aurait pu être un peu plus variée. La durée de vie du titre, soit une douzaine d’heures (un petit plus en monde de difficulté supérieur, même si le jeu n’a rien d’insurmontable), est un bien pour un mal : elle conduit à une certaine répétitivité, la faute à un manque de variété dans le type de démons. Il n’en reste pas moins que sans avoir – loin de là – un budget faramineux, les gars de Flying Wild Hogs sont arrivés à produire un jeu au contenu qui n’a pas trop à rougir de son prix (soit 35 €). D’autant plus que le jeu regorge de secrets à trouver un peu partout, et que le système de score incite à la rejouabilité.

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screenCe manque de budget se ressent aussi fatalement dans la partie technique. L’immense majorité des textures sont pour le moins datées, et on a pour ainsi dire l’impression d’être replongé quelques années en arrière. Alors, les développeurs ont usé d’artifices pour masquer un peu tout ça : des bastons qui font péter des effets de lumière un peu partout, de la pluie qui tombe très fort et surtout des environnements souvent très colorés. La ficelle est grosse, et pourtant elle fonctionne plutôt pas mal, surtout qu’elle colle bien avec le cadre japonais.

screenEt d’ailleurs, on y fait quoi au Japon ? Quel est donc le but existentialo-philosophique de ce génocide de monstres, à part la classe et l’éclate ? Bon, en tant que FPS bourrin et burné, Shadow Warrior ne marquera pas les siècles des siècles par son histoire, beaucoup trop classique : des bouts d’épée légendaire à retrouver, qu’humains comme démons s’arrachent, sachant bien évidemment que notre acolyte, un démon, souffre d’amnésie. C’est pourtant cet acolyte, Huji, suivant partout le héros, mais sans combattre, qui rend beaucoup plus intéressant Shadow Warrior là où l’on ne l’attendait certainement pas : sur sa qualité d’écriture, et sur son humour. Comme quoi, le moine a beau être fringué en rouge fluo, il ne faut pas non plus s’y fier…

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screenQuelques exemples en vrac. Quand le héros retourne à son domicile, et qu’il s’aperçoit qu’il a brûlé, Hoji, très compatissant, lance : « C’est un passage obligé pour un héros. C’est la catharsis… hum… appelle ça, un laxatif spirituel ». Le jeu est encore parsemé de petits messages à récupérer, comme « Il vaut mieux ne pas être aimé qu’être aimé et attraper la syphilis », ou encore « Bonne nouvelle : vous n’êtes pas parano ; mauvaise nouvelle : tout le monde veut bien vous tuer ». Entre deux easter-eggs, il n’est pas non plus rare de tomber sur des petits lapins en train de s’enculer (et si vous tapez sur l’un d’entre eux, il pourrait se transformer en gros lapin noir enragé, l’un des monstres les plus résistants du jeu). Un point noir cependant pour nous autres Français : en l’absence de traduction, si vous ne maîtrisez pas bien la langue de David Beckham, vous passerez certainement à côté de beaucoup de choses.

screenShadow Warrior se devait d’être un FPS bourrin pleinement jouissif, et il remplit aisément cette part de son cahier des charges. A aucun moment, il n’a la prétention de réinventer le jeu vidéo, et d’ailleurs on ne lui demandait pas cela. Le katana assume avec succès la tâche de valeur ajoutée au niveau du gameplay, histoire de sauver le titre de Flying Wild Hogs d’une morne platitude. Mais Shadow Warrior a une seconde valeur ajoutée, plus inattendue : son humour incisif qui fait souvent mouche. Sous les dehors d’un titre générique et d’une technique plus ou moins datée, se cache donc l’un des softs les plus délirants et Wangtastiques de cet automne, tant au niveau du gameplay sans complexes que de l’absurde sans censure. Et si vous lui donniez sa chance ?

 

 
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Shadow Warrior (PC)

Plateformes : PC

Editeur : Devolver Digital

Développeur : Flying Wild Hog

PEGI : 18+

Prix : 35 €

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LA NOTE

LA NOTE DES LECTEURS

note 8/10

 

 

Images du jeu Shadow Warrior (PC) :

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