L'Edito du dimanche

 

Publié le Dimanche 15 mars 2020 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du dimanche

Pandémie au thon

Et n'est que le début.

Le pays est donc, comme d’autres pays dans le monde, dans une sorte d’état d’urgence. Difficile à comprendre, difficile à respecter, difficile à appréhender. La faute à un ennemi invisible. Si encore, nos meilleurs ennemis allemands revenaient avec leurs chars, ou s’ils étaient remplacés cette fois-ci par des aliens en scaphandre qui balancent des « gnak gnak gnak » à tout va, on saurait à quoi s’en tenir. Mais là, forcément, l’adversaire microscopique est insidieux, fourbe et attaque en traître.

C’est compliqué mais il va falloir comprendre que ce confinement nécessaire durera au moins 3 semaines. Voire plus. Et il faudra donc rester chez soi. Avec ses mômes qui braillent de partout et qui vous pourrissent la vie à grands coups de « papa, je m’ennuie » ou de « maman, je peux aller voir mes copines ? » toutes les deux minutes. Agrémentés d’un « vous pouvez jouer avec moi ? ». J’ai déjà imprimé ma pancarte « fais pas chier, je bosse » d’un côté et « fous-moi la paix, fille d’abruti » de l’autre.

3 semaines au minimum. Peut-être même 4 ou 5. La faute à un temps d’incubation long. Et des mesures tardives. Il faut en effet essayer de se projeter et non pas déplorer simplement le moment actuel. Il faut aussi connaître sa table de deux. 4500 cas en France, chiffre qui a doublé en 72h. Chiffre d’hier. Donc si on suit cette courbe, en espérant qu’elle ne s’accélère pas, on passera à 9000 cas dans deux jours. 18 000 dans cinq. 36 000 dans huit. 72 000 dans onze. 144 000 dans quatorze… et ça, c’est sans accélération. Sinon, on pourrait dépasser les 200 000 dans deux semaines. Deux semaines, c’est le temps d’incubation de la maladie. Autrement dit, moi qui écris ou vous qui lisez, nous sommes peut-être déjà malades sans le savoir.

L’un dans l’autre, et c’est une expression, n’allez pas croire que j’aurais une quelconque envie de rentrer dans vous, enfin si, mais pas tout le monde, l’un dans l’autre, disais-je, si je tombe malade, j’ai bien l’intention d’en faire profiter quelques-uns. Parfaitement. Il y a plein de gens que je n’aime pas, dont certains ont même plus de 70 ans, et je ne résisterai sans doute pas à l’envie de tousser comme un tuberculeux sur une feuille blanche et l’envoyer par la Poste à deux-trois personnes qui auraient mieux fait de réfléchir avant de tenter de me briser les noix. Je sais, j’ai un mauvais fond. Mais je vous rassure, je suis aussi mauvais en surface, hein. Faut pas croire.

En parlant de surface, d’ailleurs, pour évoquer le cas des grandes, on se serait cru dans les tranchées, hier matin, dans le supermarché du coin. Record d’affluence, gens qui se jettent sur les pâtes, les conserves, le papier-cul… J’ai failli me battre pour la dernière boîte de thon. J’ai réussi à en attraper une avant que le petit vieux ne s’en saisisse, alors qu’il en avait déjà une dizaine dans son caddie. Alors forcément, ça ne lui a pas plu et il a commencé à m’invectiver. J’ai préféré couper court. De toute manière, je n’avais pas le temps de lui expliquer à coups de chaussures de sécurité coquées la définition des mots « respect », « partage » et surtout, lui imprimer en braille, à la phalange, ma recette du thon au St-Môret prévue pour le soir même. Je l’ai juste menacé de lui tousser dessus s’il me prenait la tête. Et quand j’ai commencé à joindre le geste à la parole, il est parti en courant. Enfin, en courant comme un petit vieux. J’aurais pu le poursuivre sur une jambe, et encore, une jambe de bois, si j’avais été vraiment méchant. Au lieu de ça, je suis parti rapidement au rayon papier toilettes où une femme entassait, et je ne vous mens pas, tellement c’était hallucinant, une dizaine de paquets dans son chariot pendant que son mari faisait de même avec les boîtes de mouchoirs, dans un autre caddie. Je n’ai pu m’empêcher de lancer un « gastro foudroyante ? » en passant à côté, juste avant d’attraper un paquet d’essuie-tout.

Cela dit, il ne faut pas en vouloir aux petites gens. Et par « petites gens », je vise non pas un statut social mais un quotient intellectuel.
De mon côté, j’avoue sans honte avoir commencé aussi quelques réserves. Obligé. Bon. Les pâtes, je m’en cogne. De la farine, de l’eau, des œufs et je vous en ponds des fraîches. Les conserves, je n’en suis pas un grand consommateur de toute manière. Donc je peux m’en passer aussi. Quant au papier toilette, bah, dans le pire, mes toilettes sont situées en face de la salle de bain. On se nettoiera au jet, comme en Asie, et puis c’est tout.
Non, moi, ce que j’ai commencé à stocker, c’est le whisky. Parce qu’on ne sait jamais, hein. Si les grandes surfaces commencent à fermer aussi, mieux vaut être prévoyant.
J’ai donc acheté une douzaine de bouteilles. J’suis sympa, cela dit, pour continuer à soutenir massivement l’économie, j’ai alterné entre les marques. Bizarrement, ça n’a pas convaincu ma femme. Elle n’a pas jugé recevables mes arguments et a conclu que si pandémie il y avait chez moi, c’était dû au virus du Pure Malt.

Et elle a terminé en me demandant ce que j’allais bien pouvoir foutre avec cette boîte de thon, vu que j’avais oublié d’acheter le St-Moret.

 

 
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