L'Edito du Dimanche

 

Publié le Dimanche 20 septembre 2020 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du Dimanche

Je suis un cas contact

imageJ’expliquais, la dernière fois, à une jeune fille qui avait retiré son masque dans un métro bondé pour téléphoner avec une voix de poissonnière et à grands renforts de postillons, l’importance des gestes barrières.
Je ne sais pas si elle m’a bien entendu, cela dit, puisque la tête qui rebondit sur la barre du métro fait un « bong » suffisamment joli pour qu’on ait envie de l’entendre plusieurs fois, mais qui s’avère quand même assez bruyant.

Il faut dire que mon amical « Veuillez m’excuser mademoiselle, auriez-vous s’il vous plait l’amabilité de remettre votre masque afin de ne point humecter votre voisinage direct et également parler un tantinet moins fort afin de point perturber la quiétude des voyageurs » n’a eu pour réponse qu’un « vas t’faire enculer ».

Je pense que c’est le mot « tantinet » qu’elle n’a pas compris.

Une grand-mère, assistant à la scène, s’offusquait de ma surréaction tandis que j’étais en train d’attacher le cou de l’impudente à la lanière de son sac et la lanière à la porte extérieure du métro pour voir sur combien de station elle serait traînée avant que ladite lanière ne cède. Double intérêt : apprentissage par l’expiation et test de résistance des faux sacs Vuitton fabriqués par les petits enfants en Chine.
Un offusquement bien légitime, cela dit, face auquel je me réfugiais derrière un but pédagogique : l’apprentissage du respect d’autrui.

C’est le soir même, alors que j’expliquais la scène à ma femme, tout en étant terriblement déçu que la lanière n’ait même pas tenu une station, à cause du poteau qui a bloqué le corps, certes, mais quand même, qu’elle me répondit que j’étais un cas contact.

image« - Moi ? Un cas contact ? »
« - Oui, parfaitement. »
« - Tu crois qu’elle était malade et qu’elle m’a contaminé cette conne ? »
« - Hein ? Non, non. Je crois simplement que tu es vraiment un cas. Et que tu vas trop vite au contact sans réfléchir. »
« - Et faut que je m’impose une quatorzaine, tu crois ? » demandais-je inquiet.
« - Si ça tenait qu’à moi, ce serait une soixantaine, pour le bien de toutes et tous. Mais je crois surtout que tu as besoin de retrouver une activité. Tu es sur les nerfs, ces derniers temps ».

J’avoue. Moi qui ne suis qu’amour, bonté et hélicobite, depuis que j’ai annoncé mettre fin à cette dernière partie, je me suis amputé d’un tiers de mon être.

C’est une image.

imageJe me suis donc lancé dans la recherche d’une nouvelle activité. Un nouveau passe-temps. De quoi occuper le rare temps libre que j’arrive à me débloquer occasionnellement.

Au début, je me suis dit que j’allais faire du tir à l’arc. Parce que c’est cool, le tir à l’arc. Moi j’ai grandi avec Robin des Bois, Rambo et même Rahan se sert d’un arc de temps en temps. Alors c’est vous dire si j’ai le tir à l’arc dans le sang.
Ma femme m’a répondu que c’était une mauvaise idée parce que rapidement, mon tir à l’arc, je l’aurais dans le sang des autres, et qu’il fallait que je trouve une activité moins dangereuse.
Du coup, j’ai supposé que pour les numéros deux, trois et quatre sur ma liste, à savoir le lancer de couteaux, le lancer de haches et le lancer de hallebardes, c’était mort. D’un autre côté, ça m’arrangeait un peu parce que j’avais eu beau chercher, et bien trouver des hallebardes, c’est compliqué.

C’est pareil, hein, j’ai fait un essai à l’amicale des cracheurs de noyaux d’olive. Parce que je trouvais ça marrant. Sauf que moi, j’suis arrivé avec des olives aux amandes et une bouteille de Ricard pour aller avec. Et bien ce n’est « pas dans l’esprit » m’a-t-on dit. Alors l’esprit, je ne sais pas, mais niveau saveurs, désolé, mais l’olive ça se marie bien avec le Ricard.

imageEnsuite, je me suis dit que j’allais m’entraîner au Caber. Parce que c’est cool, le Caber. Moi j’ai grandi avec William Wallace et Glenfiddich. Alors c’est vous dire si tout ce qui vient d’Ecosse, ça me parle. Bon, sauf que je suis allergique à la laine et que le kilt, ça me gratte et ça me fait des rougeurs. A la limite, j’aurais pu mettre de la crème. D’accord. Sauf que ma femme n’était pas trop chaude pour que j’amuse à lancer des troncs d’arbre. Encore moins que j’aille m’entraîner sur le parking à côté de chez nous, sous prétexte que ça allait encore faire des problèmes avec les voisins. Moi j’ai répondu qu’un mec qui lance des troncs d’arbre, généralement, on n’a aucun problème avec, mais elle n’a rien voulu entendre.

Quand j’ai commencé à parler d’apprendre la danse de salon, j’ai bien vu que ma femme a eu un grand sourire. Ou plutôt un rire étouffé. Qu’elle a vite perdu quand elle m’a expliqué que le pogo n’est pas une danse de salon. Alors que pourtant, faire du pogo dans un salon, j’vois pas ce qui m’empêcherais de le faire.

Même l’amicale des tricoteuses n’ont pas voulu de moi. Pour le coup, je me demande si je n’ai pas subi un refus discriminatoire, sous prétexte qu’elles auraient dû renommer leur club en « amicale des tricoteurs ». Voire virer le mot « amicale ». A moins que ce soit quand j’ai demandé s’il y avait un cours sur l’avortement à l’aiguille à tricoter, qui n’a pas vraiment plu. Les gens sont d’un coincé, de nos jours.  

Retour à la case départ, donc.

Je me retrouve donc seul durant mes moments de libre, avec mon amour, ma bonté, et sans mon hélicobite. Si vous avez des idées, j’suis preneur.

 

 
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