L'Edito du Dimanche

 

Publié le Dimanche 28 août 2022 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du Dimanche

This is the end

imageJ’étais chaud patate, reposé, prêt à aller au front, prêt à affronter cette nouvelle année (si l’on compte en année scolaire) avec la détermination d’un lion face à un bébé gnou, prêt à foncer droit devant, en forme d’avoir bien glandé pendant les congés, dopé par une envie de tout défoncer cette année et d’être plus performant que jamais, prêt à montrer que j’en ai encore un bon paquet sous le capot, prêt à déchirer le quotidien à grands renforts de dents acérées, bref, j’étais là. Bien là. De retour pour éclairer le monde de mon incommensurable génie et de mon inestimable sagesse.

En toute modestie, bien entendu.

Et puis… paf. La tuile. Le choc. Le grain de sable dans le rouage. Le petit grain de sable dans la salade. Le caillou dans la godasse. Le caillou dans les lentilles. Le poil pubien dans la soupe. Enfin bref, vous avez pigé, quoi.

Lundi, je déambulais avec mes deux gamines dans le hall d’une gare parisienne. J’accompagnais ma fille au train et comme il était l’heure de déjeuner, nous avions avalé un repas frugal fait de petits pains fourrés au steak haché estampillés d’un M doré. L’heure du départ approchant, nous ne nous étions pas trop attardés et marchions donc d’un bon pas vers le quai, moi en tête, mes deux pitchoune derrière.

Quand tout à coup…

image…j’entendais ma fille aînée ricaner. Je me retournais alors pour apercevoir ma fille cadette, arrêtée à quelques mètres de là, en tête à tête avec un impudent. Un p’tit effronté de son âge en train de lui taper la discut’ ni vu ni connu. Le temps que je réagisse, que ma fille aînée me retienne deux secondes par le bras en me lançant un « non, t’en mêles pas », que je me dégage parce que « ben si, j’vais m’en mêler bordel », et l’effronté était déjà reparti, laissant ma cadette ébahie avec un large sourire.
Sous la menace d’aller rattraper le petit merdeux et de lui faire cracher deux ou trois dents, ma fille a lâché le morceau et m’a expliqué la scène qui venait de se dérouler sous mes yeux et que je n’avais pas comprise.
Durant le repas, elle a échangé des regards avec un « beau gosse » de son âge. Puis nous sommes partis. Et le gamin a couru après elle, dans les couloirs de la gare, pour lui « demander son Insta » parce qu’il a eu un « crush ». Bref, de quoi laisser ma fille pantoise, bouche bée et charmée d’avoir été ainsi abordée.

Et putain, moi j’ai rien vu.

Pire : je n’ai pas réagi assez vite pour m’interposer et expliquer, tout en lui refaisant les chicots à grands coups de semelle, qu’on n’aborde pas une fille comme ça dans la gare quand son père est là, qu’on dit bonjour et qu’on demande la permission, que putain, y’a des convenances à respecter, surtout quand le père en question, c’est moi.

imageRien. Je n’ai rien vu. Rien fait. J’suis abattu. Finalement, je n’ai plus la forme. Je ne fais même plus peur aux gamins. J’vieillis. J’suis qu’une merde. J’suis plus bon à rien. Voilà, j’suis plus qu’un petit vieux rabougri qu’on ignore. Tu vas voir que demain, j’vais m’faire bousculer dans le métro, qu’on va vouloir me laisser sa place assise dans le bus et qu’un trouduc va venir sonner chez moi pour me faire signer la vente d’un canapé et d’un matelas huit fois le prix en magasin.

Mes gamines ont beau me dire que je dois m’y faire, que les temps changent, ma chère, tendre et aimante épouse a beau me dire que j’ai encore de belles années devant moi et glisser au passage que j’en aurais quelques-unes de plus si je consentais enfin à perdre du bide, moi j’sens bien que c’est la fin.

Rien. Je n’ai rien vu. Rien fait.
C’est la fin. J’suis foutu.

J’ai plus qu’à ranger ma chignole, ma batte de baseball et mettre ma petite cuillère dans le lave-vaisselle. J’suis fini.

 

 
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