L'Edito du Dimanche

 

Publié le Dimanche 1 mars 2020 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du Dimanche

Donnons un César d'honneur à Harvey Weinstein !

L’ignominie et la misogynie crasse ont encore de beaux jours devant elles. Tant que le voyageur préfèrera garder les yeux baissés sur son smartphone quand il voit un abruti maltraiter une femme, tant qu’il pourra encore y avoir des viols dans les transports en commun sans que personne ne daigne agir, nous devrons faire face à une société bancale et répugnante.

Bien entendu, les Césars 2020 sont au cœur de cette polémique honteuse sur la place de la femme dans notre société et ont permis de mesurer tout le chemin qu’il reste encore à parcourir.

J’accuse est peut-être un excellent film. Je ne l’ai pas vu donc ne saurais en juger la qualité. Il est peut-être extrêmement bien joué. Sa photographie est peut-être exceptionnelle et ses costumes, peut-être formidables. Enfin, je ne doute pas un seul instant qu’il soit très bien réalisé. Polanski est un très bon réalisateur. Aucun doute là-dessus.

Que son film ait concouru pour divers Césars ne me choque pas, en raison des qualités qu’il semble avoir en tant qu’œuvre. Qu’il ait concouru pour le César du meilleur réalisateur et, pire, qu’il l’ait obtenu, par contre, jette l’opprobre sur une confrérie que l’on sait depuis longtemps prétentieuse, suffisante et détestablement hautaine.
Harvey Weinstein était un grand producteur : La trilogie du Seigneur des Anneaux, Kill Bill, Pulp Fiction, Will Hunting, Django Unchained, Shakespeare in Love, Gangs of New York, Sin City… c’est lui. Je m’étonne qu’il n’ait, cette année, pas reçu un César d’honneur. Après tout, il ne faut pas confondre l’homme et son œuvre, n’est-ce pas ? Donnons un César à Harvey Weinstein ! Donnons un César d’honneur à Bill Cosby !

Le mal est profond dans cette profession où la morale n’a depuis longtemps plus sa place, semble-t-il. Où le prédateur mâle règne en maître. Et où, finalement, le viol et la pédophilie ne sont pas des sujets importants ou qui méritent qu’on s’y intéresse. Et ce ne sont pas quelques déclarations de soutien, des prises de position mollassonnes lors du #metoo qui rachèteront une vertu au Cinéma français.

Honte. Attitude nauséabonde.

Il n’y a pas de prescription pour la douleur des victimes. Il ne devrait pas y en avoir pour la morale sociale. La phrase « oui mais ça fait longtemps » ne devrait pas exister, tant qu’un criminel n’a pas payé son crime. Et c’est là le vrai problème.
Le souci n’est pas de savoir si J’accuse est, ou non, un bon film. Ou même un grand film. Le souci premier est de savoir pourquoi on continue à financer un réalisateur en fuite, poursuivi pour viol sur mineures dans un autre pays.
Imaginez qu’un type sonne à votre porte. Qu’il vous dise qu’il est recherché par la Police américaine parce qu’il a violé sa petite voisine aux USA. Mais ce n’est pas grave, il vous propose de lui acheter un tableau qu’il a peint. Vous lui achèteriez ? Même si vous le trouvez très beau ?
Je comprends l’idée de vouloir séparer l’œuvre de l’homme. Mais le peut-on réellement ? Est-ce que cela ne pose aucun problème de morale ? Et dans ce cas, effectivement, pourquoi ne pas proposer alors un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière à Harvey Weinstein, qui était tout de même un grand producteur ? Pourquoi ne pas nommer Christophe Ruggia maître de Cérémonie, qui après tout, est un bon réalisateur ? Il faut séparer l’œuvre de l’homme, n’est-ce pas ?

A moins que le message soit, finalement, que la pédophilie, ce n’est pas si grave. C’est peut-être ça, l’idée générale du cinéma français.

Allez. Violons des enfants, et que ça ne nous empêche pas de bosser !

Qui commence ?
(Non, c’est bon Roman, t’as déjà eu ton tour. Laisse-en un peu pour les autres !)

 

 
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Commentaires

Ecrit par jymmyelloco le 01/03/2020 à 12:27

 

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Inscrit le 03/05/2009

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Ce qui me gêne dans cette "affaire" Polanski.
C'est que ça fait une plombe que ça dure et tout le monde se réveille maintenant.
De plus la gamine aux USA a dit que non, c'était ses parents qui l'ont forcé à faire ça.

Enfin, sur le César d'avant hier. Ce qui est embêtant aussi, c'est que contrairement à un acteur, un peintre ou autre qui travail en solo.
Pour un film, il y a des dizaines de personnes qui travaillent autour. Alors est-ce qu'il faut aussi pénaliser un chef Op ou ingé son ?
La question est je trouve plus complexe.

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Ecrit par Cedric Gasperini le 01/03/2020 à 17:36

 

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Inscrit le 27/04/2009

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Ecrit par jymmyelloco

Ce qui me gêne dans cette "affaire" Polanski.
C'est que ça fait une plombe que ça dure et tout le monde se réveille maintenant.
De plus la gamine aux USA a dit que non, c'était ses parents qui l'ont forcé à faire ça.
Lui n'a pas été forcé, hein...

Enfin, sur le César d'avant hier. Ce qui est embêtant aussi, c'est que contrairement à un acteur, un peintre ou autre qui travail en solo.
Pour un film, il y a des dizaines de personnes qui travaillent autour. Alors est-ce qu'il faut aussi pénaliser un chef Op ou ingé son ?
La question est je trouve plus complexe.
C'est pour cela que je ne conteste que le César du meilleur réalisateur. Et sa nomination, d'ailleurs. Et c'est aussi pour ça que je dis qu'au départ, tout simplement, financer ses films, c'est déjà un problème (financement en partie public, soit en passant, hein…).

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Ecrit par Quantum le 02/03/2020 à 17:18

 

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Ce qui me met mal à l'aise c'est qu'en France comme dans bien des pays, le viol est un crime prescriptible.

Ce qui me gêne c'est que si la fille américaine a été forcée par ses parents, lui n'a que sa moral qui me semble fautive.

Ce qui me gène c'est qu'il na pas eu de procès ... et qu'on a un ministre, membre d'un gouvernement qui pourrait faire avancer les choses en matière de droit qui "s'offusque" de l'Oscar.

Personnellement si la France ne l'extrade pas vers les USA, si le gouvernement ne rend pas les crimes sexuels imprescriptibles ... alors il faut considérer cette personne comme innocente : cela me semble injuste pour elle car elle ne peut pas se défendre et vivra en permanence comme un coupable même si elle n'a rien fait. Et pour les victimes qui n'auront jamais l'opportunité d'être entendue et d'obtenir justice.

On en est là malheureusement parce que personne n'a le courage de mettre en place des dispositions légales qui pourraient éviter ce genre de situations.

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Ecrit par Quantum le 02/03/2020 à 17:19

 

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erf j'aurais du me relire ... je voulais dire césar .. et j'ai fait plein de fautes :(

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Ecrit par Mikis le 03/03/2020 à 09:16

 

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Inscrit le 21/12/2011

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La prescription et l'innocence sont deux choses bien différentes !
La première est le fait que l'on ne peut plus être condamné pour le crime commis, ça ne signifie pas qu'il n'y a pas eu crime.

Dans cette vidéo de l'INA, Polanski avoue son acte, persiste et signe devant un Elkabbach consensuel :
https://www.youtube.com/watch?v=z6QPD8AVQf0

1428 Commentaires de news

Ecrit par Mikis le 03/03/2020 à 09:16

 

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Inscrit le 21/12/2011

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La prescription et l'innocence sont deux choses bien différentes !
La première est le fait que l'on ne peut plus être condamné pour le crime commis, ça ne signifie pas qu'il n'y a pas eu crime.

Dans cette vidéo de l'INA, Polanski avoue son acte, persiste et signe devant un Elkabbach consensuel :
https://www.youtube.com/watch?v=z6QPD8AVQf0

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