Death Stranding (PS4)

 

Publié le Lundi 4 novembre 2019 à 12:00:00 par Vincent Cordovado

 

Test de Death Stranding (PS4)

Hideo m'a tuer

Rarement nous aurons autant entendu parler d'une oeuvre sans presque rien en connaître. Il faut dire que pour Death Stranding, son créateur n'est autre que Hideo Kojima, célèbre game-designer qu'on ne présente plus après plus de deux décennies à avoir mis en scène sa saga culte, Metal Gear. Si vous nous suivez régulièrement, vous savez que j'apprécie véritablement et sincérement le bonhomme. C'est d'ailleurs une source de taquinerie de la part de Cedric (si, la fin de MGS 4 est très bien bordel de merde). C'est donc avec joie que je me suis proposé pour réaliser le test de son dernier bébé. Bien qu'honnêtement, et paradoxalement, ce que j'avais vu de Death Stranding ne m'avait pas interpelé plus que ça. Mais Sony ayant mis le paquet pour entretenir le mystère du côté des rédactions, avec obligation de terminer le titre avant d'en publier le test et de ne rien divulguer de l'aventure passé un certain chapitre, je me suis dis que ça ne pouvait qu'être parce que c'était une tuerie. Et quand on connait le goût du monsieur pour les histoires complexes, à l'esthétique pleine de symboles forts et de sous-entendus, on ne pouvait que s'attendre à une expérience vidéoludique exceptionnelle et incroyable.

Si seulement ça avait été vrai...

Death Stranding vous met dans la peau de Sam Porter Bidges (interprété par Norman Reedus), un coursier post-apocalypse qui devra parcourir ce qui reste des Etats-Unis pour réunir les villes restantes via le réseau Chiral, après l'avénèment du Death Stranding. Qu'est ce que le Death Stranding ? Une catastrophe qui a créé une sorte de porosité entre le monde des vivants et des morts. Vous n'avez pas tout compris, c'est normal. Comme d'habitude avec Kojima, rien n'est clair, beaucoup de choses sont suggérées et les pièces du puzzle sont données au fur et à mesure de l'avancement, pas toujours dans le bon ordre et il faudra un véritable travail de votre part pour comprendre l'intégralité du titre. Autant vous dire que pour le commun des mortels, cela ressemblera bien plus à un gros trip métaphysique qu'une véritable histoire, mais on y reviendra. Sam va donc devoir traverser le pays, enfin, ce qu'il en reste, afin de transporter des vivres et autres appareils technologiques permettant à la population enterrée de survivre et relier les United Cities of America (UCA) entre elles afin de "reconstruire la nation".


Et des trajets, il va s'en taper le pauvre Sam. Avant chaque mission, notre livreur va devoir s'équiper, choisir les bons outils, les bonnes armes et sa cargaison. Cet empilement d'objet va peser lourd sur le bonhomme et il va falloir répartir le poids pour espérer garder l'équilibre via un menu franchement pas ergonomique. Notre salut viendra finalement de la touche triangle qui permet d'optimiser la répartition de l'ensemble et enlève donc tout intérêt à cette gestion du poids. Notre transporteur UPS/FedEx/Colissimo de l'extrême, va donc devoir franchir des collines, traverser des rivières, gravir des montagnes. Ainsi, avant de partir, on essaiera d'évaluer le chemin le moins compliqué à prendre pour parvenir à destination. Les environnements à découvrir sont vraiment chouettes pour le coup et les premiers trajets seront sources de découverte et d'émerveillement. C'est bien modélisé et très dépaysant, même si finalement les décors sont assez peu variés. Si parfois certains chemins sont assez faciles à emprunter, d'autres sont bien plus compliqués à appréhender et l'utilisation d'échelles et autres cordes de rappel sera la bienvenue. Sam n'est pas un super-héros. Fortement chargé, il est relativement lent, lourd et perd facilement l'équilibre. De ce fait, il vous sera nécessaire de scanner régulièrement les environs pour trouver le chemin le plus stable et jouer avec les gachettes L2/R2 afin de lui redonner son équilibre. Le but étant bien évidemment d'éviter qu'il se viande et endommage/perde sa cargaison. Car si tomber en plaine n'est pas très dérangeant, ça l'est un peu plus lorsqu'on est en pleine montagne, sur une pente bien raide. Et la destruction des marchandises conduit au reboot de la mission.

Si Sam est pourtant bien seul à parcourir le monde, l'expérience propose à tous les Sam Bridges de la terre de collaborer et de rendre ces terres inhospitalières un brin moins compliquées. Dans les faits, les objets ou véhicules perdus, ainsi que les structures construites par d'autres joueurs se matérialiseront dans votre partie. Ainsi, si certains passages peuvent paraitre compliqués à un moment, il se peut qu'un autre joueur batisse un pont pour faciliter un passage. De même, après une ascension bien compliquée, vous pouvez tout à fait laisser des cordes de rappel ou des échelles pour que les suivants galèrent moins. Ou alors laisser un message pour indiquer qu'ici ça monte ou descend sévère, que l'endroit est dangereux, etc... Chaque structure bâtie par vos soins ou ceux des autres pourra être améliorée mais également entretenue par tous via l'utilisation des matériaux glanés durant votre quête. Le plus compliqué sera de reconstruire l'intégralité du réseau routier qui demande véritablement que chacun y mette du sien. Bien entendu, rien n'est obligatoire, on peut finir le jeu sans ça, mais c'est véritablement un moyen de faciliter l'aventure. Bref, ce système de collaboration est franchement sympathique dans le sens où il s'inscrit parfaitement dans la thématique du lien, centrale dans le titre de Kojima. Le revers de la médaille, c'est que pour remercier les joueurs, on peut déposer un "like" et ça conduit à des situations complètement débiles. Chacun souhaitant obtenir ses likes, on se retrouve par endroit avec moultes panneaux d'indications ou des structures identiques à quelques mètres les unes des autres. Et ça pète franchement l'immersion. Dommage quand à côté, on ne peut que saluer l'effort de Kojima et son équipe pour proposer un titre avec très peu de temps de chargement permettant une aventure sans coupure technique.

Lorsque Sam parvient à reconnecter une UCA, toutes les installations des autres transporteurs apparaissent sur notre carte permettant ainsi de pouvoir emprunter bien souvent un chemin plus simple. D'autant plus que nos déplacements consomment de l'énergie, aussi bien pour les exosquelettes permettant de porter plus de charge ou avoir une meilleure stabilité, que pour les véhicules disponibles et que nos chaussures s'usent. Il est donc utile de bien regarder les installations mises en place par d'autres : ponts, tyrolienne, chargeur de batterie et j'en passe et d'optimiser son trajet.


Si les habitants vivent en ermites dans les UCA et que donc notre Sam se sentira bien souvent très seul, sa route croisera à maintes reprises celles des MULEs. Ces transporteurs un peu trop accrocs à la livraison qui prendront un malin plaisir à venir vous tabasser pour récupérer vos marchandises. Heureusement, Sam débloquera au fur et à mesure de sa progression un arsenal offensif et défensif complet. A l'instar d'un Metal Gear Solid V, il sera tout à fait possible d'infiltrer un camp de MULEs de manière discrète, en neutralisant à l'aide d'un lien les vilains messieurs mais également de débarquer comme un sauvage, avec un véhicule, en essayant d'écraser tout le monde. Attention tout de même, les MULEs peuvent arrêter votre véhicule assez facilement avec leurs armes. Le corps à corps reste possible, même après avoir été repéré, mais Sam étant lent, et généralement, bien chargé, c'est à vos risques et périls. Ces quelques moments d'infiltration m'auront rappelé les joies de MGS V. Mais en bien moins fun.
La faute à un Sam qui n'est pas Snake mais également à une IA franchement dans les choux. J'ai plusieurs fois réussi à neutraliser l'intégralité d'un camp au corps à corps (donc après avoir été repéré) et ce, même en difficile.

Bien plus compliqué à affronter, du moins, au début, Sam fera la rencontre des Échoués. Des esprits qui ne vous voudront franchement pas du bien et qu'on ne pourra repérer que grâce à un appareil appelé Odradek, relié au BB28, le foetus toujours accroché à la combinaison de Sam. Traverser une zone remplie d'Échoués est loin d'être évident d'autant que la jouabilité n'aidera clairement pas : il faudra jongler entre les touches L2/R2 pour ne pas se viander tout en étant accroupi, en appuyant R1 de temps à autre pour couper sa respiration et relancer par moment son Odradek avec R2 pour scanner les environs et repérer de nouveau les Échoués. Plus tard, on débloquera la capacité de couper le cordon des Échoués ou des armes dont les munitions, à base du sang de Sam permettront de les détruire.

J'ai essayé de vous présenter le titre d'une manière relativement neutre. Histoire de planter le décor. Mais maintenant, voici ce que j'ai à dire sur Death Stranding : c'est une véritable déception. Le titre de Kojima est bien capable de souffler le chaud, avec des moments d'une beauté rarement atteinte dans le jeu vidéo, notament lors des balades solitaires sur fond de musique indé (la bande-son est une tuerie), où l'on se sent vraiment petit. Et c'est effectivement réussi de ce côté.

Mais la très grande majorité du temps, excusez l'expression mais qu'est-ce qu'on se fait chier ! Je n'ai absolument pas accroché à son histoire. Kojima a créé tout une mythologie pour son oeuvre mais je n'y ai franchement rien compris et pas adhéré du tout. Je ne sais pas si c'est moi, et je n'ai pas le droit d'être précis pour ne pas vous divulgacher la chose mais franchement, ça ressemble plus à un trip sous acide qu'autre chose.
Ma femme suivait par moment mes aventures sur le titre et autant dire qu'elle était aussi perplexe que moi face à certaines séquences.


Le problème, c'est que quand on n'est pas intéressé par l'histoire, que reste-t-il à Death Strading ? Il ne s'agit ni plus ni moins qu'un simulateur de randonnée réaliste dont les quêtes sont véritablement des quêtes FedEx puisque c'est le but même du jeu : livrer des colis. Vous aviez toujours révé d'être guide de montagne ou d'effectuer un stage chez La Poste dans les Alpes Maritimes ? Kojima vous en propose la parfaite simulation.
Et du coup, ben on s'ennuie fermement.

Kojima calera bien quelques quêtes un peu loufoques (genre des livraisons de pizza), des quêtes basées sur le temps de livraison ou encore les livraisons premium demandant de réaliser la livraison sous certaines conditions, histoire de briser un peu la monotonie, mais honnêtement, ça tourne franchement en rond. J'en ai eu franchement marre de me taper les mêmes séquences lors de l'aventure (l'entrée dans la chambre privée, Sam qui fait pipi/caca/douche pour gagner des grenades, Sam qui se lave, le dépôt/retrait des marchandises) que j'étais bien content que la possibilité de passer ces séquences que j'ai vu 100 fois dans le jeu existe.

La mise en scène du titre est complètement à côté de la plaque, trop souvent too much avec de vaines tentatives pour se la jouer dramatique ou tenter de créer de la tension. Le casting des personnages est hyper cliché. Honnêtement, et ça me fait mal de le dire, j'ai eu l'impression de me retrouver devant un nanar. Un nanar au casting 5 étoiles mais un nanar quand même. Un nanar qui se veut vraiment sérieux mais dont les évènements totalement ubuesques  décrédibilisent totalement le propos alors que le thème abordé est pourtant universel et bien choisi. J'en suis arrivé à me dire que Kojima se caricature lui-même à vouloir faire toujours plus compliqué, toujours plus symbolique, parce que "tu comprends, c'est Kojima, ça ne doit pas être simple". Je ne doute pas qu'à la sortie du titre, les analyses du net permettront de décrypter toute l'oeuvre, de comprendre ce que signifie chaque scène, les sous-entendus, mais en attendant, pour celui qui suit l'aventure en direct, ce n'est franchement pas l'éclate...

Et c'est sans parler des problèmes de rythme dans l'aventure qui met une dizaine d'heures à se lancer et qui, quand elle "démarre" n'est franchement pas enchanteresse. C'est la même chose mais en plus grand. Autant vous dire que la quarantaine d'heures que j'ai mis pour finir le titre a été compliquée, pour ne pas dire un calvaire. Peut-être suis-je trop con pour ne pas avoir compris ce que l'ensemble de la presse semble avoir compris, puisque les critiques sont unanimes, "c'est un chef d'oeuvre", et je vous avoue être tombé des nues en lisant les divers avis, tellement ils me semblent complaisants par rapport à ma propre expérience. Moi, Death Stranding, je n'ai pas aimé su tout.

Désolé Hideo, mais ce coup-ci, ce sera sans moi.

 

 
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Death Stranding (PS4)

Plateformes : PS4

Editeur : Sony

Développeur : Kojima Productions

PEGI : 18+

Prix : 59,99 €

Death Stranding (PS4)

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