Far Cry 6 (PC, Xbox One, Xbox Series, PS4, PS5)

 

Publié le Mercredi 6 octobre 2021 à 13:00:00 par Côme Richetta

 

Test de Far Cry 6 (PC, Xbox One, Xbox Series, PS4, PS5)

Révolution sous les tropiques

imageDe retour à Valenciennes pour les études, le gris et la pluie m’ont accueilli à bras ouverts. Quelle tristesse. Du coup, comme j’adore fuir la réalité en jouant aux jeux vidéo, autant le faire là où il y a du soleil, la plage, et du rhum-coco. Je me retrouve donc sur les plages dorées de Yara, ayant manqué la noyade, et je me retrouve propulsé dans une histoire de guerilla contre un dictateur d’une île imaginaire. Mais mis à part le bruit des vagues et les AK-47 de révolutionnaires, qu’est-ce que Far Cry 6 peut nous offrir ? Je vais vous raconter mon histoire en tant que Dani, une jeune guerilla accompagnée de son chien saucisse handicapé qui répond au nom de Chorizo.

Née dans la capitale de l’île, Esperanza, j’ai apparemment grandi dans une dictature menée par un tyran répondant au nom d’Antón Castillo, qui réduit notre peuple en esclavage pour travailler dans des plantations de tabac génétiquement modifié pour guérir le cancer, et l’utiliser pour redonner à Yara « sa gloire d’antan » en le vendant au reste du monde.

C’est avec Libertad et trois autres groupes de guerillas que nous allons semer un maximum de chaos sur l’île pour rappeler au peuple, à l’armée et au dictateur que le pouvoir ne revient pas à celui qui ne craint pas, mais à celui qui est craint.


imageInutile de vous présenter le système de Far Cry. Cet opus ne réinvente pas le genre. Il réinvente peut-être la manière de raconter une histoire dans le jeu vidéo, mais pas dans le bon sens du terme. Sur notre île paradisiaque, vous aurez au programme : balade dans la jungle et attaque d’avant-postes de l’armée, chasse en pleine nature avec des bâtons de dynamite, distribution de démocratie avec une kalachnikov, personnalisation d’armes à feu avec du scotch, des bouteilles de plastique et de l’uranium appauvri, et une activité feu de joie avec un lance-flamme dans une plantation (j’ai déjà vu ça quelque part, mais je ne saurais pas dire où…). Bien sûr vous n’êtes pas seul(e), vu que vous pouvez jouer à deux, et même sans ami, l’archipel de Yara est peuplé d’individus dont le quotient intellectuel se rapproche de celui d’une endive. Oui, quelque part entre 0 et 1 me semble être un indice correspondant bien au comportement binaire d’une IA moins performante que mon micro-ondes.

Je ne compte pas vous raconter toute l’histoire du jeu (surtout parce que je n’ai pas eu envie de m’infliger 20 heures de jeu en plus pour compléter toutes les quêtes et activités de chaque région), mais je peux au moins vous décrire mon parcours dans les grandes lignes. Orpheline, mes amis meurent les uns après les autres, je veux fuir aux États-Unis mais au final je préfère rester pour faire exploser des citernes de produits chimiques et libérer mon peuple. Après un court passage sur une petite île de Yara, je rencontre Libertad et décide de rester avec eux. Ils vont m’envoyer faire copain-copain avec trois autres groupes de guerillas sur Yara pour tous les monter contre le méchant Antón Castillo. Et tous ensemble, on lui a fait une guerre comme il n'en avait jamais vu.

Des rappeurs, des révolutionnaires d’un autre siècle et un aide-mécanicien, et je suis parti pour monter le putsch du siècle.
Maintenant que vous connaissez la scène, laisse- moi vous parler de la comédie qu’est Far Cry 6.

imageL’histoire est cliché sans être trop banale, mais il ne fallait pas s’attendre à plus. L’intérêt que l’on peut trouver repose sur les quelques personnages originaux et leurs dialogues qui nous font rentrer dans l’univers du jeu. Franchement, j’ai bien rigolé dans les dialogues avec Juan Cortez, et je ne les ai jamais passés. Il faut plus de personnages bien écrits comme lui, qui rentrent bien dans le comique du jeu. Si, si, le jeu est comique. Vu l'intelligence artificielle, et certains dialogues qui frôlent le ridicule selon le contexte, le jeu est comique. Nous avons droit à quelques personnages mémorables avec Juan et les Amigos, mais c’est tout. Les meilleurs amis du personnage joueur qui nous propulsent dans l’aventure sont oubliés à la sortie du tutoriel, et le reste des révolutionnaires passent sous le radar, la majeure partie d’entre eux n’ayant même pas de nom ou d’utilité à l’histoire. Castillo n’est pas oubliable (on entend sa voix à tous les coins de rue), et son fils est probablement le personnage le plus poussé de la narration, en étant par la même occasion le cliché du fils d’un papa méchant qui ne veut pas être méchant comme son papa.

Visuellement je n’ai rien à dire, c’est beau comme jeu. Un bel effet de vagues, des particules et des rayons de lumière qui rendent les paysages très agréables à regarder que ce soit sur terre ou sous l’eau, même si le jeu ne nous encourage pas à prendre le temps de ne rien faire pour en profiter. A vous de faire l’effort, vous ne le regretterez pas.


imageLe déplacement dans le monde est facilité par les bornes de commande de véhicule qui les font apparaître spontanément derrière vous. Encore une fois, le minimum syndical pour intégrer une mécanique au jeu. Il y a beaucoup de véhicules, mais les plus importants sont les chevaux (pour leur capacité de destruction d’un bulldozer) et les véhicules que possède Dani, que l’on peut personnaliser pour la guerre. Plutôt badass, j'aimais bien ma petite lada avec la tourelle automatique sur le toit. On a aussi un grappin, mais il n’est utilisable qu’aux endroits prédéfinis. Autant mettre une échelle. D’ailleurs non pas d’échelles, parce qu'elles sont horribles à utiliser. Combien de fois ai-je frôlé la mort en m’approchant d’un précipice pour tirer sur un ennemi en contrebas, et mon personnage descend automatiquement l’échelle placée là pour se prendre une rafale dans le derrière ? Trop de fois pour que j’en rigole encore. Franchement ce genre de chose ne devrait pas passer une phase de testing.

Ah oui et il n’y a plus de tours à grimper pour dévoiler les points d’intérêts d’une région. Maintenant, il faut découvrir par soi-même. Depuis le temps que les joueurs disent qu’ils en ont marre de faire ça dans tous les jeux vidéo, Ubisoft les a enfin écoutés.

imageDurant les missions, on est bien guidé dans ce beau monde, et il est dur de se perdre sur Yara grâce à la carte, la minimap et le GPS (ça semble évident à dire, mais depuis l’expérience Cyberpunk 2077 j’ai apprit à quel point un GPS non fonctionnel peut changer une expérience de jeu). Franchement, un grand bravo pour certains tutoriels et des légendes intra diégétiques qui permettent de rester immergé dans l’expérience tout en comprenant plus le langage que le jeu veut nous apprendre. Mais cet effort se trouve annihilé par le manque de soin apporté aux animations, à la mise en scène et à l’UI qui sont trop souvent nocives à l’immersion dans leur forme actuelle. Franchement, une fenêtre d’explication d’un gadget à accrocher sur une arme qui cache la moitié du modèle 3D qui ne tourne même pas à 360°, on dirait vraiment qu’il n’y avait pas d’UI designer derrière. Il y a plein d’autres exemples dans le jeu qui m’ont fait frapper mon front avec un mélange de déception et de honte pour un jeu triple A.

Franchement, si autant d’efforts avaient été fournis sur toutes les actions en jeu que sur les animations de premier soin de Dani, Far Cry 6 serait une petite perle visuelle. Et qu’on ne me dise pas, avec la bouche dégoulinante de plein de mauvaise foi, que ce n’est pas possible de soigner les animations à ce point là, parce que j’aurais assez d’exemples pour réécrire le nouveau testament. Je ne peux pas expliquer à quel point le jeu manque de soin et de détails sur les petites choses. C’est bien sympa de faire exploser des bâteaux et des hélicoptères, mais la majeure partie du temps, Dani est juste dans la jungle ou dans des petits villages qui n’ont aucune âme, seulement un relent de design économe.


imageBon, passons au fun du jeu. Le ressenti des armes est bon, le visuel, le son et le recul donnent un bon punch aux balles que l’on tire avec la plupart des armes à feu. Il y a une variété d’armes disponibles personnalisables, et plusieurs armes uniques à trouver dans le monde qui ne sont pas modifiables. Elles ont de la gueule celles-là. Enfin, quelques armes exotiques (comme le lance-flamme ou un minigun) permettent de varier le schéma classique des combats aux armes à feu. Il existe différents types de balles pour différents types d’ennemis, donc il faut s’équiper en avance, mais ne vous inquiétez pas du souci du réalisme. Une balle qui peut traverser du kevlar ou un casque militaire est incapable de passer au travers d’une plaque de métal (contrairement à ce que l’on voit dans une des premières cinématiques du jeu) ou d’une palette de bois. On a eu chaud !

La machette est rarement utilisable en plein combat, elle ne garantit de tuer l’adversaire en un coup qu’en étant discret ou avant qu’un garde ait le temps de réagir, et la petite animation d’exécution est bien sympa. Du brutal comme j’aime en voir dans un Far Cry. Clairement ce que j’ai le plus apprécié dans l’infiltration.

Enfin pour finir avec les armes, les différentes grenades et autres consommables sont toutes oubliables comparées au Supremo. C’est le lance grenade géant que Dani porte sur le dos, qui fonctionne avec de l’uranium appauvri et qui demande un grand temps de recharge entre deux destructions massives d’ennemis à coup d'ogives nucléaires. Lui aussi personnalisable, vous pourrez déclencher un mini cataclysme thermonucléaire à votre sauce.

imageGrande déception sur la personnalisation des armes, le manque d'originalité dans l’UI et l’intérêt unique pour les statistiques brise l’immersion. On n’est pas un révolutionnaire bricoleur qui assemble lui-même son bric à brac pour créer une arme qui lui est propre et qui incarne son combat contre l’oppression. On clique sur des boutons gris pour améliorer les chiffres de son arme. Franchement rien d’original, même en 2011, Skyrim proposait une animation toute bête de 10 secondes qui tournait en boucle pendant que le personnage faisait une activité manuelle. C’est tout con comme détail, mais ça permet de rester ancré dans l’univers du jeu. Et vu que la seule force éventuelle du jeu est l’immersion qu’il pourrait proposer, c’est une des nombreuses occasions ratées pour nous entraîner durablement dans son contexte. Il y a vraiment une dissonance au sein du jeu, voulant des fois rester dans le cadre de l’aventure, et parfois nous sortant du monde sans vergogne. Un demi effort contradictoire compte comme un non-effort pour moi.

Vous n’êtes pas seul dans vos aventures. Les Amigos sont des animaux que vous pouvez débloquer, et qui vous accompagnent en mission. Ils ont tous des rôles prédéfinis, et sont bien pratiques en mission même s’ils ne sont pas toujours très malin (s’arrêter devant la voiture ou ne pas rester dans une zone de couvert durant un mission d’infiltration leur arrive). C’est une bonne alternative à jouer en coopération, vous ne vous sentirez jamais seul.


L’apparence et l’équipement de Dani peut être modifiée aussi avec différentes pièces d’armure ou de vêtements qui appartiennent à des collections, et qui donnent des bonus quand toute la collection est portée. Un petit côté RPG qui n’est pas pour me déplaire.

Maintenant que vous êtes équipé et prêt à l’action, parlons concrètement des phases d’action. Et “aïe aïe ouille” est le seul commentaire poli que je peux me permettre.

Vous avez dû le comprendre, mais je vais le dire une dernière fois. L'intelligence artificielle est à chier, et j’en ai marre de me répéter sur le fait que l’immersion est constamment brisée. Que ce soit les civils ou les ennemis, l’IA est toujours à la ramasse. Impossible d’avoir l’aspect survie que j’aime tant dans Far Cry, parce que ces idiots viennent se suicider sur vous, mettant leur tête dans votre collimateur, et ont un temps de réaction ridicule. Il n’y a que 2 modes de difficulté (histoire et normal), donc ceux qui aimaient l’aspect vivre dans la sauce à la Far Cry 2 seront bien déçus. On ne se sent jamais en danger face à des ennemis, toujours en contrôle, et on n’est jamais forcé de jouer d’une certaine manière à moins que vous ayez les chars, les hélicoptères et les chiens d’attaque dans un rayon de 5 mètres autour de vous, et que votre Supremo n’est pas disponible.

imageL’infiltration est nulle, vu qu’à part se cacher dans des fourrés il n’y a pas de gameplay, et il faut être à moins de 15 mètres dans la ligne de vue d’un ennemi pour qu’il vous détecte. Non mais vraiment ils sont aveugles, seul sur une route à 20 mètres d’un garde j’ai sorti mon sniper et ai bien visé entre ses deux yeux pendant qu’il me regardait : aucune réaction. Et aucune différence visible entre le jour et la nuit, un garde m’a détecté planqué dans un buisson en pleine pénombre sans souci. Vraiment on a droit aux deux extrémités du spectre.

Selon l’Amigo qui vous suit, il n'essaiera même pas de se cacher et vous fera repérer directement. De toute façon l’infiltration ne sert à rien, qu’il y a très peu de chances que vous perdiez un assaut direct vu le niveau exécrable de vigilance, de visée et de coordination militaire des soldats d’Antón Castillo.

Je me languis de revivre l’expérience immersive et complexe de survie dans Far Cry 2. Elle était trop impardonnable, et Far Cry 3 a bien corrigé le tir en rendant le jeu plus accessible sans qu’il soit trop arcade et perde son charme. Far Cry 6 ne pallie pas aux faiblesses des jeux précédents, et propose trop peu de contenu original pour mériter son titre de jeu à part entière. Écrire un méchant, faire des cinématiques et un modèle 3D d’une île, c’est pas faire un jeu vidéo. Quand tout le reste est à la ramasse, que les personnages sont oubliables, que le gameplay est linéaire et que les combats ne proposent aucun défi, je ne peux pas vous recommander de l’acheter. Payer 60€ pour une expérience de jeu équivalente en qualité pour notre époque à Far Cry 3 (qui est sorti il y a 10 ans), c’est juste décevant. Dé-ce-vant.

Et c’est sur ce maître mot que je termine mon test. J’attendais ce jeu avec impatience, j’adore Yara, j’aime (certains) des personnages et j’ai quand même passé du bon temps sur le jeu à explorer l’île, rencontrer des guerillas et tuer le cercle proche d’un dictateur, mais pas assez pour pouvoir le recommander et me convaincre moi-même que Far Cry 6 est un jeu fini.

L'avis de Cedric : image
imageJe pensais Côme bien mal luné et franchement de mauvaise foi lorsqu'il nous parlait de son expérience catastrophique avec Far Cry 6. Et puis j'ai joué au jeu. Et finalement, je le trouve très gentil. A ce niveau-là, avec un tel budget, avec une telle expérience, avec de telles promesses, livrer un jeu aussi mal fini que ça, avec autant de mauvais choix est tout simplement une honte. L'IA est une des plus mauvaises rencontrées depuis ces 10 dernières années. Et encore, tout aussi risible soit-elle, elle est encore plus acceptable que la narration. Cette dernière est consternante de clichés, de facilité, de stupidité, de fatuité. Malgré de belles promesses notamment avec un tel personnage comme ennemi principal, Ubisoft se rate dans les grandes largeurs. Missions inintéressantes, ambiance pénible, histoire grotesque, multitude de détails consternants (mettre une image de monitoring d'hôpital sur l'écran d'un PC dans un bureau quelconque, façon "bah on a pris la première image dispo" dénote d'un je-m'en-foutisme terrible -voire screen ci-contre), sans oublier une expérience utilisateur totalement foirée. Far Cry 6 est malheureusement complètement raté. Il serait temps qu'Ubisoft fasse le ménage dans ses équipes s'ils ne veulent pas définitivement tuer la licence.

 

 
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Far Cry 6 (PC, Xbox One, Xbox Series, PS4, PS5)

Plateformes : PC - Xbox One - PS4 - PS5 - Xbox Series

Editeur : Ubisoft

Développeur : Ubisoft Toronto, Ubisoft Milan

PEGI : 18+

Prix : 59,99 €

Aller sur le site officiel

Far Cry 6 (PC, Xbox One, Xbox Series, PS4, PS5)

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