L'Edito du dimanche

 

Publié le Dimanche 14 juin 2020 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du dimanche

Je suis quelqu'un d'hilarant

Depuis le temps que vous connaissez, vous savez qu’il ne faut pas me lancer des défis à la légère. Sinon je risque de les relever et généralement, il se passe des trucs assez moches qui, je tiens quand même à le souligner, ne sont pas de ma faute. Ou pas vraiment. Ou alors, je n’ai pas fait exprès. Mais bon, quand même quoi, hein…

Alors ce n’était pas vraiment un défi, mais je l’ai pris comme tel.

Nous étions en train de déjeuner, à table, avec ma chère, tendre, douce et affectueuse épouse, ainsi qu’avec nos deux merveilleuses et aimantes filles (oui mais on ne sait jamais, la méthode Coué, ça peut peut-être marcher un jour), quand la discussion a dérivé sur un thème particulier : l’humour et la dérision de nos familles en général. Parce que nous sommes issus d’une longue lignée de personnes bourrées d’esprit qui a élevé la plaisanterie au rang d’art. La preuve, j’avais un grand-père qui torturait des chatons étant petit. Mais bon. Mon exemple n’a pas soulevé l’enthousiasme, je m’en suis bien rendu compte.

Finalement, ma femme et mes gamines ont cherché à savoir qui, parmi tous, serait digne de recevoir le trophée de la personne la plus hilarante.

Personnellement, la réception de mon anecdote sur les chatons n’ayant pas été à la hauteur de mes espérances, j’ai préféré me taire, et non pas bouder, ce n’est pas la même chose, faut pas confondre, tout en restant persuadé que, de toute manière, leur réflexion les pousserait inexorablement à me désigner comme grand vainqueur. Parce que merde, si y’en a un qu’est poilant jusqu’à se faire pipi dessus dans nos familles, c’est quand même bien moi. Voilà.

Mes filles ont donc conclu que leurs grands-pères étaient très très drôles et ma femme a renchéri en expliquant que son grand-père maternel à elle était un homme d’esprit doté d’un humour extraordinaire. Un homme de la Bourgeoisie toujours prêt à casser les codes et qui n’hésitait pas, par exemple, lors des dîners (très) mondains, à jeter des os de poulet dans les décolletés trop plongeants de ces dames, le tout dans une ambiance délirante où les convives flirtaient entre l’hilarité et l’offuscation feinte.

Un peu vexé quand même, j’ai fait remarquer à ma femme et à mes filles que moi aussi, j’étais quelqu’un de très drôle et que franchement, j’étais déçu, pour ne pas dire choqué, que mon nom n’ait même pas été prononcé. C’est ma fille ainée qui m’a répondu que j’étais complètement taré, certes, mais pas drôle du tout. A quoi j’ai rétorqué que je me réclamais de la malice d’un Devos, de la spiritualité d’un Desproges et même de la bouffonnerie d’un Coluche. Bref, que merde, j’ai du sang de clown qui coule dans mes veines !

A quoi ma femme m’a répondu que si j’avais du sang de clown, c’était sur les mains mais certainement pas dans les veines.

Pas drôle, moi ? Soit ! Elles allaient voir si je n’étais pas drôle !

J’ai donc décidé, ces derniers jours, d’élever le Comique au rang d’art. D’être le bouffon ultime. De les emporter dans un torrent de rire et d’espièglerie comme on n’en avait plus vu depuis Candy. Euh… Enfin… Bon, l’exemple est mal choisi peut-être. Mais vous avez compris l’idée.

Bref, j’ai fait plein de choses très très drôles comme :
1- Aller chercher ma fille au collège et l’appeler en criant « Ma petite louloute ! Ton papa d’amour est làààà » quand elle sort, tout en sautant sur le capot de la voiture pour bien être vu de toutes et tous.
2- Aller me baigner totalement nu tous les matins dans l’étang du village.
3- Donner des cours d’hélicobite. Croyez-le ou non, j’ai quand même eu une vingtaine d’élèves parmi lesquels, je tiens à le souligner, deux femmes totalement hystériques à la vue de mon membre fendant les airs dans un mouvement hélicoïdal de toute beauté.
4- Dessiner une paire de couilles sur le tableau de Jésus datant du XVème siècle, accroché dans l’église. Celui-là, j’en suis très fier.
5- Ecrire en gros « Ici vit un sale con » en grand sur le mur de la maison d’un voisin que je ne peux pas blairer.
6- Mettre des boules puantes dans toutes les boîtes aux lettres d’une rue dont justement, la boîte aux lettres n’est qu’une ouverture dans la porte d’entrée.
7- Sortir mes baffles sur le balcon et jouer les DJ toute la soirée pour faire danser les voisins, en leur passant les plus grands succès de la chanson française, qu’ils ont tous repris en chœur, je tiens à le signaler.
8- Jeter moi aussi des os de poulets dans les décolletés proéminents des femmes.
9- Faire un grand feu d’artifice surprise pour les enfants malades de l’hôpital (en fait, un beau château médicalisé situé dans un grand parc) à quelques rues de là.

Bref, dix belles conneries, dix choses hilarantes, dix délires qui élèveraient l’humour au rang d’art. Dix comme les commandements. Dix comme les doigts de la main.
Sauf que je n’en ai trouvé que neuf. Mais ça ne m’a pas arrêté parce que, d’une part, on ne va pas se formaliser pour si peu et d’autre part, y’a plein de Yakuzas ou de lépreux pour qui l’expression « comme les dix doigts de la main » ne veut rien dire.

Hier matin, j’ai quand même eu la visite de Madame le Maire. Ou Madame la Maire. Ou Madame la Mairesse. Enfin vous dites comme vous voulez, mais elle a débarqué chez moi aux aurores, vers midi, alors que j’émergeais d’une soirée-test de whisky organisée la veille.

Et bien elle est comme ma femme. Elle ne me trouve pas drôle du tout. Parce que :

1- Aller chercher ma fille au collège et l’appeler tout en sautant sur le capot de la voiture pour bien être vu de toutes et tous, c’est une chose, mais dans ce cas, il faut sauter sur sa propre voiture, pas sur celle d’une parent d’élève qui est totalement traumatisée et ne veut plus sortir de chez elle.
2- Il faut éviter d’aller se baigner nu dans l’étang du village, surtout en passant par la cour de récréation de l’école maternelle.
3- On ne donne pas de cours d’hélicobite aux élèves de CM1 et CM2, les deux maîtresses ont fait une crise d’hystérie et sont en arrêt maladie pour six mois.
4- Quand on dessine une paire de testicules sur un tableau, même si on trouve ça très réussi, on évite de signer son œuvre.
5- Quand on écrit « Ici vit un sale con » en grand sur le mur de la maison d’un voisin, on évite de signer son œuvre là aussi.
6- Mettre des boules puantes dans les boîtes aux lettres d’une rue, c’est amusant, sauf quand en fait on les met toutes dans la même boîte aux lettres, celle du voisin duquel on vient de ruiner le mur.
7- Faire une soirée DJ en passant à fond en boucle « J’encule » de Gogol Ier, c’est mal. C’est d’ailleurs là que j’ai découvert que les voisins ne reprenaient pas la chanson en chœur, mais me disaient d’aller me faire… enfin bref.
8- Jeter des os de poulets dans les décolletés des femmes, ça doit rester du domaine du privé. Et ça ne veut pas dire « jeter des poulets crus entiers dans la tête des passantes ». Et le fait que je vise mal n’est pas une excuse.
9- Organiser un feu d’artifice nécessite des autorisations bien particulières et une organisation irréprochable, notamment en matière de sécurité. Et en AUCUN CAS ne doit se faire à l’intérieur. Même s’il pleut ce jour-là. Sinon on risque de mettre le feu à tout un coin de bâtisse classée monument historique.

Et elle m’a donné la facture.

M’en fous. Je suis quand même un type totalement hilarant doté d’un humour irrésistible. C’est une évidence.

Je me suis juste rendu compte que l’humour, des fois, ça coûte quand même vachement cher.

 

 
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Commentaires

Ecrit par Quantum le 23/06/2020 à 09:53

 

1

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je me dis qu'un jour il faudrait faire une BD de tes éditos ... ça pourrait marcher :)

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